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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

Nostalgie

« Il est six heures trente, le soleil est encore très bas. Devant moi, la plage, l'eau, les pêcheurs, qui ramènent leurs filets, la lumière très douce, un peu funèbre des matins des tropiques. Je sens remonter en moi une incroyable bouffée de nostalgie, qui me reporte près de quinze ans en arrière, aux petits matins de mer Rouge et des Seychelles, quand j'avais vingt ans, que les tropiques m'émerveillaient, que le monde entier, à découvrir, me paraissait une promesse d'avenir, de bonheur, de puissance, et déjà, déjà, ce même point douloureux au creux du ventre, comme si la nostalgie c'était bien autre chose que le temps qui est passé, comme si, déjà à vingt ans, on s'y laissait prendre, comme si c'était plutôt un sentiment physique, une tristesse de savoir que des moments sublimes ne peuvent se fixer. Qu'ils ne reviendront pas. Et pourtant, ils reviennent, et la nostalgie n'en est que plus grande, car elle se charge du souvenir des fois précédentes. »
Louis Malle (citation puisée dans : Pierre Billard. Louis Malle : Le rebelle solitaire. Paris : Plon, 2003, p. 287)

Nous avons rarement lu un aussi beau passage sur la nostalgie. De plus, Malle l'exprime avec émotion. On se laisse prendre par sa description, comme si l'on vivait personnellement ce qu'il ressentit ce jour-là.