mardi 31 décembre 2019

Lâcher-prise

« La révélation de la plénitude de ce que nous sommes, tant en surface qu'en profondeur, ne se réalise qu'au cours des relations de la vie quotidienne. Le livre de la vie est plein d'enseignements, mais nous ne parvenons pas à déchiffrer les caractères dans lesquels il est écrit. Ces caractères sont essentiellement vivants : ce sont les réactions mentales et émotionnelles apparaissant en nous au cours de nos relations avec les êtres, et les choses. Aux yeux d'une observation silencieuse, non déformée par des jugements de valeurs favorables ou défavorables, les agrégats d'éléments psychiques formant le "moi" se révèlent pleinement et se dissolvent comme les brumes se dissipent au soleil. C'est le "lâcher-prise" du Zen. »

– Robert Linssen, L'éveil suprême, Paris, Courrier du livre, 1970, p. 69

jeudi 26 décembre 2019

mercredi 25 décembre 2019

Digressions de Noël

« (...) En ces jours que le commun des mortels appelle jours de fête... Pourquoi de fête pour les non-chrétiens qui ne croient pas au Sauveur et pourquoi pour les soi-disant chrétiens qui renient son enseignement, qui par leur vie, bafouent son exemple et le crucifieraient en toute hâte s'il s'avisait de revenir dans ses haillons de Bédouin avec son langage passionné de prophète rustique. (...)

Combien nombreux ils ont été ceux qui, petits ou grands, géniaux ou naïfs, ont tenté de rassembler l'humanité misérable pour une vie plus haute ou plus douce et combien se sont fait tuer à cette tâche qui semble impossible et qui reste pourtant l'invincible tentation à laquelle cède, chaque jour, quelque âme hantée par le rêve éternel, le rêve fou, peut-être, qui fait les Christ et les Bouddha. »

– Alexandra David-Néel, Journal de voyage (t. 1) : Lettres à son mari, Lettre de Aydar, 25 décembre 1911, Paris : Librairie Plon, 1975, p. 77

mardi 24 décembre 2019

Les couleurs du drame

« Rien n'est tragique que ce à quoi l'on prête soi-même les couleurs du drame. »

– Alexandra David-Néel, Lettre de Kum-Bum, 15 mars 1920, extrait puisé dans le livre de Jacques Brosse, Alexandra Davie-Neel : Aventure et Spiritualité, Paris : Albin Michel, 1991, p. 212

samedi 21 décembre 2019

La nature de la méditation

« C'est le secret d'être capable d'abandonner toutes les pensées imaginatives avec les semences qui les engendrent. »

–Tsong-K'a-pa, extrait du Lamrin, citation puisée dans le livre de Jacques Brosse, Alexandra Davie-Neel : Aventure et Spiritualité, Paris : Albin Michel, 1991, p. 205

lundi 16 décembre 2019

Paysage du Sikkim

« Il y a surtout un certain col au milieu duquel bondit un large torrent qui est entièrement boisé d'arbres morts et tous ces arbres sont brisés, ont les branches arrachées, sont décapités, coupés en deux, les morceaux gisant sur place. C'est une scène de muet carnage, un champ de bataille parmi des êtres d'un autre règne, l'effet est extraordinaire. Et tout cela est éclairé par cette étrange lumière himalayenne unique et surtout saisissante par les jours de soleil. Tout est brumeux, sombre et, chose invraisemblable, une luminosité blanche enveloppe les choses et l'ombre rayonne mystérieusement d'une clarté qui n'est ni soleil ni lune, qui semble ne pas descendre du ciel mais émaner des objets eux-mêmes, ou plutôt de quelque chose qui serait eux, derrière leur forme matérielle. Quel pays... »

– Alexandra David-Néel, Lettre du 11 juin 1912, extrait puisé dans le livre de Jacques Brosse, Alexandra Davie-Neel : Aventure et Spiritualité, Paris : Albin Michel, 1991, p. 107

mercredi 11 décembre 2019

La sagesse

« La grande joie, la grande lumière qui mettent un rayonnement autour de notre vie, n'est-ce pas précisément de voir au-delà de notre personnalité chétive et étroite ?... On a goûté à autre chose, entrouvert une autre porte... sans doute, c'est encore une nursery, pleine de fables chantantes et d'images enfantines à l'usage des "tout-petits" que nous sommes toujours, mais déjà approchons-nous du seuil au-delà duquel cessent la foi, l'espérance, l'anxiété, le désir... et c'est là, à peu près, toute la sagesse. »

– Alexandra David-Néel, Lettre du 11 juin 1912, extrait puisé dans le livre de Jacques Brosse, Alexandra Davie-Neel : Aventure et Spiritualité, Paris : Albin Michel, 1991, p. 109-110

dimanche 8 décembre 2019

Message pour l'anniversaire du Bouddha
(Alexandra David-Néel, 26 avril 1968)

« Le Bouddha avait découvert le fait qui allait devenir la base sur laquelle toute sa doctrine allait s'édifier. Anatta (le non moi).

Avons-nous fait cette constatation ? Avons-nous vu, que cela que nous tenions pour un Moi homogène est, en réalité, un groupe, formé d'éléments divers ? – Groupe dont la constitution varie d'instant en instant, certains de ses membres en s'éloignant, d'autres venant s'y joindre ? Chacun de nous perçoit-il qu'il n'est plus tout à fait le même que celui qui est entré tout à l'heure dans cette salle ?

[...] Des perceptions plus affinées nous amèneront-elles à voir qu'il n'y a ni naissance ni mort, mais seulement perpétuelle transformation, perpétuelle union et séparation d'éléments physiques et mentaux ? Si nous atteignons à cette perception, [...] nous aurons atteint la compréhension qui procure l'inaltérable paix, la quiétude bienheureuse de l'observateur détaché. [...] S'il en est ainsi, n'éprouvant ni penchants ni aversions, et suivant le conseil de Bouddha, portant nous-mêmes le flambeau qui éclaire nos pas, nous aurons acquis la véritable libération. »

– Alexandra David-Néel, 26 avril 1968. Ce sont les derniers mots du dernier message d'Alexandra pour l'anniversaire du Bouddha. Extrait puisé dans le livre de Jean Chalon, Le lumineux destin d'Alexandra David-Néel, Librairie Académique Perrin, 1985, p. 537-538

jeudi 28 novembre 2019

Les vrais compagnons

« Les vrais compagnons, ce sont les arbres, les brins d'herbes, les rayons du soleil, les nuages qui courent dans le ciel crépusculaire ou matinal, la mer, les montagnes. C'est dans tout cela que coule la vie, la vraie vie, et l'on n'est jamais seule quand on sait la voir et la sentir. »

– Alexandra David-Néel, Journal de voyage (t. 1) : Lettres à son mari, Paris : Librairie Plon, 1975, p. 207

lundi 18 novembre 2019

vendredi 8 novembre 2019

mardi 5 novembre 2019

Accueil, échange et don

« Si une place importante n'est pas laissée à l'accueil, à l'échange, au don, au temps gratuit et à l'inutilité, alors c'est la vie elle-même qui n'a plus de place. »

– Dominique Boisvert, L'ABC de la simplicité volontaire, Montréal : Écosociété, 2005, p. 40

dimanche 3 novembre 2019

Sagesse bouddhiste

« Quiconque réussit en ce monde à surmonter ses appétits insatiables personnels verra la tristesse s'éloigner de lui comme les gouttes d'eau tombent de la fleur du lotus. »

– Extrait puisé dans le livre de Dominique Boisvert, L'ABC de la simplicité volontaire, Montréal : Écosociété, 2005, p. 32

vendredi 1 novembre 2019

Ruelles de Québec

Ruelle des Érables



Ruelle des Franciscains



Ruelle des Ursulines



Photos : Chartrand Saint-Louis

jeudi 31 octobre 2019

lundi 28 octobre 2019

Une ville, la nuit



Photo de nuit de la Haute-ville de
Québec : Chartrand Saint-Louis

mardi 22 octobre 2019

Pensée de jeunesse
(Alexandra David-Néel)

« Écoute le bruit régulier de cette horloge, chaque battement est un instant qui fuit, qui ne reviendra jamais. Écoute comme ils se pressent, ainsi coule ta vie. Peut-être que peu de minutes te séparent de la mort, et tu n'as pas encore commencé à vivre, tu n'as pas même choisi un état de vie, qu'attends-tu ?  »

– Alexandra David-Néel, extrait puisé dans le livre de Marie-Madeleine Peyronnet, Dix ans avec Alexandra David-Néel, Paris : Plon, 1973, p. 229

lundi 21 octobre 2019

samedi 19 octobre 2019

Le chant de la forge (Siegfried, Acte I)

« Mime ne réussissant pas à deviner qui pourra reforger Notung, Wotan le quitte en déclarant que seul celui qui ne connaît pas la peur y parviendra et que Mime périra de sa main. De retour, Siegfried demande à Mime s'il a pu forger l'épée. Devant l'incurie du nain, il se met lui-même au travail et entonne « le chant de la forge ». Pendant ce temps, Mime tente en vain de lui inculquer le sentiment de la peur. Siegfried a reforgé Notung : devant Mime terrorisé, il s'en sert pour fendre l'enclume en deux.

(...)

C'est lui qui va être capable de reforger l'épée Notung à partir des débris ramassés par Sieglinde. Il s'agit pour lui de reconstituer l'oeuvre dont l'unité a été détruite. Une fois Notung achevée, le forgeron-poète peut s'écrier : « Tu gisais en tronçons : je t'ai rendu à ton unité ! Nul coup ne te fera plus voler en éclats. » Wagner dira dans une lettre à Mathilde Maier (15 janvier 1863) que, dans son « Chant de la forge », Siegfried est « une espèce terrible d'artiste » dont le chant ressemble à une sorte de « lamentation majestueuse ».

Un air d'opéra autonome, puisque Siegfried est bien ici le compositeur de son chant. »

– Jean-Jacques Nattiez, Les récits cachés de Richard Wagner : art poétique, rêve et sexualité du Vaisseau fantôme à Parsifal, Montréal : Les Presses de l'Université de Montréal, 2018, p. 61 et 71

mardi 15 octobre 2019

mardi 8 octobre 2019

Duo d'amour (Tristan et Isolde, Acte II)

« Le duo d'amour de l'acte II de Tristan est, pour beaucoup, ce moment unique de l'histoire de la musique occidentale où désir sexuel et sentiment du sublime se rejoignent, où, plus profondément, il nous est montré à l'évidence – parce que nous le ressentons sans qu'il soit nécessaire de nous le démontrer – que le fondement du sublime esthétique est de nature sexuelle. »

– Jean-Jacques Nattiez, Les récits cachés de Richard Wagner : art poétique, rêve et sexualité du Vaisseau fantôme à Parsifal, Montréal : Les Presses de l'Université de Montréal, 2018, p. 106

lundi 7 octobre 2019

mercredi 2 octobre 2019

Se réveiller

« Se réveiller, c'est se refuser à croire sans comprendre ; c'est examiner, c'est chercher autre chose que ce qui se montre ; c'est mettre en doute ce qui se présente, étendre les mains pour essayer de toucher ce que l'on voit, ouvrir les yeux pour essayer de voir ce que l'on touche ; c'est comparer des témoignages et n'accepter que des images qui se tiennent ; c'est confronter le réel avec le possible pour essayer d'atteindre le vrai ; c'est dire à la première apparence : tu n'es pas. Se réveiller, c'est se mettre à la recherche du monde. »

– Alain Émile Chartier, extrait puisé dans le livre de Sébastien Barrère, Les États-Unis face au franquisme, 1936-1956, la croisée des chemins, Paris : L'Harmattan, 2013, 222 p. (préface)

mardi 1 octobre 2019

Chanson du printemps (La Walkyrie, Acte I)

« Wagner établit un lien fort entre rêve et création, lien qu'il ne cessera d'exploiter dans chacune de ses oeuvres à venir. On dort et on rêve beaucoup dans les opéras de Wagner. Des airs ayant le statut de chant d'opéra ou certains passages instrumentaux ont d'abord été entendus en rêve.

(...)

Dans La Walkyrie, Siegmund a vu Sieglinde en rêve et Sieglinde a entendu le son de sa voix quand elle était enfant et, dans l'acte I, la chanson du printemps est bien un air d'opéra d'une autonomie certaine.

(...)

Siegmund et Sieglinde s'abandonnent à leur amour. La porte s'ouvre, laissant passer l'atmosphère d'une nuit de printemps. La luminosité de la lune est de plus en plus brillante. Siegmund et Sieglind chantent la beauté de la saison et de la nature. »

– Jean-Jacques Nattiez, Les récits cachés de Richard Wagner : art poétique, rêve et sexualité du Vaisseau fantôme à Parsifal, Montréal : Les Presses de l'Université de Montréal, 2018, p. 20, 59-60

vendredi 27 septembre 2019

dimanche 22 septembre 2019

vendredi 20 septembre 2019

L'amour désintéressé

« L'amour véritable exige le contact avec la vérité, et la vérité ne peut être trouvée que dans la solitude. L'aptitude à supporter la solitude et à passer de longues périodes tranquilles seul en méditation est donc l'une des conditions essentielles pour ceux qui aspirent à l'amour désintéressé. »

– Edward Conze, Buddhist Thought in India, Londres, 1962, p. 85, extrait puisé dans le livre de Thomas Merton, Mystique et Zen, suivi de Journal d'Asie, traduit de l'anglais par C. Tunmer et Jean-Pierre Denis, Paris : Albin Michel, c1961, 1995, p. 397

dimanche 15 septembre 2019

Jardin de pierre
(jardin Zen)



« L'une de leurs caractéristiques est la stricte limitation des matériaux : on emploie surtout la pierre et le sable, parfois quelques végétaux, en l'occurrence des arbustes à lente croissance et à feuilles persistantes de sorte que ces jardins presque immuables sont comme ancrés dans le temps.

Les jardins de pierres sont une expression plastique de la pensée Zen. Ils évoquent l'aridité des déserts, sans en avoir toutefois la stérilité.

Les jardins Zen sont aussi difficiles à comprendre qu'il est malaisé de se connaître soi-même. »

– François Berthier, Le jardin du Ryoanji : lire le zen dans les pierres, Paris : Adam Biro, c1989, 1997, p. 6 et 10

Photo : Chartrand Saint-Louis

samedi 14 septembre 2019

mercredi 11 septembre 2019

Un regard qui balaie l'horizon



« Il avait quelque chose du regard lointain du navigateur qui ne s'attarde jamais sur ce qu'il voit, un regard qui balaie l'horizon, flottant, errant, qui ne peut regarder les choses ou les gens sans imaginer l'immensité qui les entoure, qui a conscience de la distance qui le sépare de ses propres désirs, conscience de l'immensité du monde, et des reflux et des courants qui nous entraînent vers le large. »

– Anaïs Nin, « La cloche de verre », Le visionnaire, Paris, 1975, p. 91, extrait puisé dans le livre de Thomas Merton, Mystique et Zen, suivi de Journal d'Asie, traduit de l'anglais par C. Tunmer et Jean-Pierre Denis, Paris : Albin Michel, c1961, 1995, p. 390

Photo : Chartrand Saint-Louis

mardi 10 septembre 2019

lundi 9 septembre 2019

dimanche 8 septembre 2019

samedi 7 septembre 2019

jeudi 5 septembre 2019

mercredi 4 septembre 2019

Chat enjoué





Photos : Chartrand Saint-Louis

mardi 3 septembre 2019

lundi 2 septembre 2019

Thé au beurre tibétain

« Le thé, c'est-à-dire celui qui est fourni en briques au Tibet et en Mongolie, est bouilli pendant un assez long temps. Le liquide est ensuite versé dans une baratte; on y ajoute du sel, du beurre [de yak] et un peu de soude, celle-ci donne au thé une couleur rosée agréable. Le tout est vigoureusement baratté, puis passé à travers une passoire en bambou afin qu'aucune feuille de thé ne demeure dans le liquide. Celui-ci est alors versé dans de grandes théières qui sont posées sur de la cendre chaude ou bien tenues près du feu afin que le thé qui s'est refroidi pendant le barattage se réchauffe doucement sans arriver au point d'ébullition. Les Tibétains préfèrent boire leur thé tiède. »

– Recette extraite du livre d'Alexandra David-Néel, À l'ouest barbare de la vaste Chine, Paris : Plon, 1947, p. 260

samedi 31 août 2019

La fausse communauté de la société de masse
(la masse dépersonnalisée)

« La société de masse est individualiste en ce sens qu'elle isole chaque sujet individuel de son voisin immédiat; car elle le réduit à une condition où il a des relations impersonnelles, purement formelles et abstraites avec d'autres individus considérés comme des objets. En dissolvant les liens plus intimes et plus personnels de la vie de famille et de petits groupes, tels que la ferme, la boutique de l'artisan, le village, la ville, le petit commerce, la société de masse isole l'individu de « l'autre », humain et concret, et elle le laisse seul et sans soutien en présence du sans-visage, du vide collectif, de la collectivité. Aussi, l'homme de masse se trouve être en relation non pas avec des êtres humains de chair et de sang, ayant la même liberté, la même responsabilité et les mêmes luttes que lui, mais avec des figures archétypes idéalisées : le président, le champion sportif, le chanteur de moins de vingt ans, l'homme de l'espace.

C'est en l'enfermant strictement dans les limites de sa propre non-existence individuelle que la société de masse intègre complètement l'individu dans la masse. »

– Thomas Merton, Mystique et Zen, suivi de Journal d'Asie, traduit de l'anglais par C. Tunmer et Jean-Pierre Denis, Paris : Albin Michel, c1961, 1995, p. 189

jeudi 29 août 2019

Étudier un koan

« Le koan est une phrase énigmatique que le Rochi donne à son disciple comme sujet de méditation. Il est possible que celui-ci passe des heures et des jours à s'efforcer d'analyser cette phrase ou à l'interpréter de manière symbolique; mais chaque fois qu'il revient voir le maître, celui-ci le renvoie pour qu'il continue à chercher la « réponse ». Peu à peu, il commence à comprendre que la nature de son koan est telle que celui-ci ne peut être ni analysé ni interprété intellectuellement. En un certain sens, il a une « solution », mais celle-ci n'est pas une « réponse ». C'est en réalité une solution qui ne peut être connue qu'en étant vécue.

La véritable méditation koan est celle où le disciple en vient à tellement s'identifier avec le koan qu'il expérimente son moi tout entier comme étant une énigme sans réponse. Ce peut être pour lui une expérience tout à fait décourageante; mais s'il poursuit son effort, il peut arriver qu'un jour, tout à coup, il s'accepte précisément comme il est, comme une énigme sans réponse qui soit communicable à d'autres de manière objective. S'il est apte à recevoir l'illumination, il goûtera alors le bonheur de saisir que son expérience personnelle incommunicable du fond de son être et son acceptation sans réserve de son propre néant, loin d'être un problème, sont la source et le centre d'une joie inexprimable.

(...)

Étudier un koan, c'est apprendre à ne pas se laisser arrêter par lui, à ne pas hésiter en face d'une difficulté purement illusoire, à savoir comment continuer sans se livrer à des imaginations et des discussions sans fin, à ne pas faire de projets pour « être efficace » ou « obtenir des résultats ». »

– Thomas Merton, Mystique et Zen, suivi de Journal d'Asie, traduit de l'anglais par C. Tunmer et Jean-Pierre Denis, Paris : Albin Michel, c1961, 1995, p. 123-124, 148

lundi 19 août 2019

La marche taoïste : une marche où l'on flotte

« Marcher à la façon des taoïstes, c'est être réceptif au courant du tao qui traverse sans distinction les rochers, les arbres, les fleuves, les collines et le corps humain.

Marcher à la façon des taoïstes, c'est aller à l'opposé de la pensée linéaire – comme le souffle de la vie, comme un vent qui va et qui vient, un vent circulaire, dansant, labyrinthique.

Marcher à la façon des taoïstes, c'est un peu flotter comme un bout d'étoffe, zigzaguer comme un homme ivre, comme si un vent brusque emportait les pas.

On doit passer inaperçu, se fondre dans la nature, sans laisser de traces, comme les oiseaux. On devient arbre en entrant dans un bois, eau en entrant dans la rivière, rocher en marchant sur les rochers.

Pour le taoïste, marcher c'est être dans un état où le temps n'existe plus, « vomir son intelligence » et traverser les obstacles sans qu'aucun vous heurte.

Marcher comme une feuille morte tombée de l'arbre que le vent emporte, sans savoir si c'est le vent qui vous porte ou si vous portez le vent...

Celui qui marche en réalisant l'harmonie s'identifie totalement avec les êtres et les choses; il pénètre les éléments. »

– Jacques Vigne, Marcher, méditer, Paris: Albin Michel, 1998, auteur additionnel: Michel Jourdan (coll. Espaces libres), p. 72-74

dimanche 18 août 2019