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Être seul n’est pas être dans la solitude

« Je garderai le mot solitude pour parler de cet état où l’on est sans les autres, certes, mais où l’on se tient compagnie, et nommerai esseulement les temps, que je sois seul ou en compagnie, où ma propre compagnie me manque, les moments où le « quelqu’un qui me manque » n’est pas tant l’autre que moi-même. (…) Être dans la solitude, c’est éprouver la certitude que l’autre est là, en moi. Et puis, il y a l’isolement, où manquent et l’autre et moi. » – Michel Schneider, Glenn Gould Piano solo , Gallimard, 1994, p. 30

Le chant de la forge (Siegfried, Acte I)

« Mime ne réussissant pas à deviner qui pourra reforger Notung, Wotan le quitte en déclarant que seul celui qui ne connaît pas la peur y parviendra et que Mime périra de sa main. De retour, Siegfried demande à Mime s'il a pu forger l'épée. Devant l'incurie du nain, il se met lui-même au travail et entonne « le chant de la forge ». Pendant ce temps, Mime tente en vain de lui inculquer le sentiment de la peur. Siegfried a reforgé Notung : devant Mime terrorisé, il s'en sert pour fendre l'enclume en deux.

(...)

C'est lui qui va être capable de reforger l'épée Notung à partir des débris ramassés par Sieglinde. Il s'agit pour lui de reconstituer l'oeuvre dont l'unité a été détruite. Une fois Notung achevée, le forgeron-poète peut s'écrier : « Tu gisais en tronçons : je t'ai rendu à ton unité ! Nul coup ne te fera plus voler en éclats. » Wagner dira dans une lettre à Mathilde Maier (15 janvier 1863) que, dans son « Chant de la forge », Siegfried est « une espèce terrible d'artiste » dont le chant ressemble à une sorte de « lamentation majestueuse ».

Un air d'opéra autonome, puisque Siegfried est bien ici le compositeur de son chant. »

– Jean-Jacques Nattiez, Les récits cachés de Richard Wagner : art poétique, rêve et sexualité du Vaisseau fantôme à Parsifal, Montréal : Les Presses de l'Université de Montréal, 2018, p. 61 et 71