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La tasse est en train de déborder

« Un jour, il y a près d’un siècle, un vieux maître zen japonais reçut la visite d’un professeur d’université qui voulait s’adonner à la méditation zen. Le sage commença par lui offrir une tasse de thé. Il remplit la tasse jusqu’à ras bord, mais, contre toute attente, il n’arrêta pas. Interloqué, le professeur regarda sa tasse déborder, puis ne put s’empêcher de dire à son hôte : « Monsieur, la tasse est en train de déborder. Il faut arrêter. » Le vieil homme regarda alors le professeur et lui dit d’une voix douce : « Vous voyez, votre tête, c’est un peu comme cette tasse, elle déborde de pensées, de soucis et d’opinions. Tant que vous ne l’aurez pas vidée, je ne pourrai rien vous apprendre sur la méditation zen. » » – Dr Steven Laureys, La méditation, c’est bon pour le cerveau , Paris : Odile Jacob, 2019, p. 19

Sur les chemins de Sylvain Tesson

Pour qui souhaite découvrir l’écrivain Sylvain Tesson, je recommande Dans les forêts de Sibérie pour la solitude et la poésie du quotidien. Un fabuleux récit d'un ermitage de six mois dans une cabane en Sibérie (février à juillet 2010). L’auteur a tenu un journal qui fourmille d’intéressantes réflexions sur l'ermitage, avec de belles descriptions de ses journées (occupations, rencontres) et des lieux. Aussi, des citations tout à fait appropriées sur la vie d'ermite. C’est le livre que j’ai le plus aimé.

J’ai aussi apprécié La Panthère des neiges, pour la contemplation et la beauté du monde sauvage. Si le Tibet vous attire et que vous aimez le travail de Vincent Munier, ce fabuleux photographe qu’il accompagne, vous serez servi.

À ne pas négliger : Sur les chemins noirs, périple entrepris après un terrible accident, réappropriation d’un territoire inexploité — ces fameux chemins noirs qui apparaissent sur les cartes, zones encore sauvages, non envahies. Il a eu beaucoup de courage pour s’y lancer, parfois seul, parfois accompagné, sachant qu’il pouvait à tout instant être frappé par une crise d’épilepsie.

Son tout récent livre, Les piliers de la mer, nous transporte dans l’univers des forces tranquilles que sont ces piliers, ces petits cure‑dents plantés dans l’océan, qui parlent de force, de résistance, de dénuement. Tesson y dresse la carte de ceux qu’il a visités, escaladés, honorés. Derniers vestiges encore inexplorés par l’homme. Belle rencontre avec les éléments, l’austérité, le dépouillement. Une investigation singulière, nourrie d’espace intérieur, à travers la nature.

Son vocabulaire est riche, son écriture dense et poétique, et j’aime le regard qu’il jette sur le monde. Je ne dirais pas qu’il est désabusé, mais il se tient à l’écart. Et toujours, en filigrane, une quête d’identité ou de sens.