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La vie du bon côté : l’héritage de ma mère

Sa joie de vivre, son amour profond pour l’existence et pour les gens simples et bons, ainsi que sa manière de voir la vie du bon côté, sont les marques indélébiles de l’héritage qu’elle nous laisse. Elle adorait le sport, surtout la balle molle et le hockey. Elle y a joué, elle a accompagné les jeunes, et chacun savait combien elle en connaissait les moindres détails. Elle aimait aussi les jeux : le bingo, les cartes, les casse‑têtes et le Tock. Stratégique, toujours partante, et bonne perdante, elle apprenait vite et avec plaisir. Je me souviendrai toujours de ce jour-là : elle venait de passer un examen difficile à l’hôpital. C’était pénible, d’autant plus qu’elle n’était déjà pas en grande forme. J’étais certaine qu’elle irait se coucher dès son retour, tant l’examen avait été éprouvant. Mais non: mes cousines sont venues jouer au Tock, et c’était comme s’il ne s’était rien passé. À ma grande stupéfaction, elle riait, s’amusait… C’était tout à fait elle : elle ne s’assombrissai...

N'avoir rien à dire

L'écrivain québécois Yvon Rivard disait quelque chose qui m’a intriguée l’autre jour à la radio de Radio-Canada (« Il restera toujours la culture », 25 novembre 2025). Son mentor, le poète Guy Lafond, lui a donné un conseil essentiel: « Écris même si tu n’as rien à dire. » Et lui d’ajouter: « Et surtout si tu n’as rien à dire. Car si l’on a déjà tout pensé, et qu’on sait déjà ce qu’on va dire, on se demande pourquoi on écrirait. Parce que, quand on écrit, il y a une partie qui est la plus visible, surtout si l’on fait des romans ou si l’on écrit ses mémoires, ou quoi que ce soit: on revient sur ce qui a été vécu. Mais s’il n’y avait que cela, ce serait difficile de justifier qu’on passe des années à écrire ce qu’on connaît déjà. C’est que, dès l’instant où on l’écrit, on insère ce qui a été vécu dans quelque chose qui nous échappe, ce que moi j’appelle le temps, et qui donne une autre dimension à ce que l’on a vécu, et qui aussi, faut bien le dire, lui donne une forme. Si l’on regarde une vie, c’est échevelé: il y a des hauts, il y a des bas, des peines, des misères, etc. Et quand on écrit, on ressaisit cela dans une forme, soit le récit, soit un poème. Il y a une sorte d’apaisement à savoir que ce n’est pas tout croche, que cela se tient. C’est une forme de contrôle. Et tout en sachant que — je ne dis pas que ce contrôle ou que cette forme est un mensonge — on sait très bien que c’est une forme débordée de choses qui lui échappent. »

Ce conseil va à l’encontre de ce qui m’a toujours semblé plus sensé : mieux vaut se taire si l’on n’a rien à dire, et, si l’on écrit, éviter la répétition. On peut même s’arrêter, paralysé, en songeant à tout ce qui a déjà été écrit, si magnifiquement, et dont notre texte ne saurait rien ajouter de significatif à l’édifice commun de la littérature. Et puis, comment prétendre ne pas répéter ? Bien souvent, une phrase aimée, assimilée puis oubliée, ressurgit longtemps après dans notre langage, que l’on croit réinventer.

Voici un conseil qui a tout de même le mérite qu’on s’y attarde.