Passer au contenu principal

En vedette

Choisir ce que vous laissez entrer dans votre esprit

Personnellement, j’ai banni tout visionnement de films, reportages ou émissions qui traitent de la violence, qui l’exposent et la magnifient tout en la banalisant. Je prends les nouvelles surtout dans la presse écrite, et j’ai horreur de voir les images des bombardements : je ne suis pas sans savoir qu’il y a du vivant sous ces bombes — des arbres, des animaux, des oiseaux, des humains qui souffrent. Je m’éloigne des réseaux sociaux qui mettent en scène la force sous toutes ses formes. Je sais trop bien que la violence et la puissance possèdent un pouvoir de séduction redoutable, et que l’on peut s’y laisser aller, en tant que peuple comme en tant qu’individus. Cette séduction est dangereuse, car elle désensibilise. Je ne nie pas la violence du monde, je refuse d’en consommer la mise en scène. Ouvrir le regard à la beauté, à la sensibilité et à la délicatesse est un exercice plus exigeant, mais c’est le chemin que j’ai décidé d’emprunter. C’est ma discipline intérieure.

N'avoir rien à dire

L'écrivain québécois Yvon Rivard disait quelque chose qui m’a intriguée l’autre jour à la radio de Radio-Canada (« Il restera toujours la culture », 25 novembre 2025). Son mentor, le poète Guy Lafond, lui a donné un conseil essentiel: « Écris même si tu n’as rien à dire. » Et lui d’ajouter: « Et surtout si tu n’as rien à dire. Car si l’on a déjà tout pensé, et qu’on sait déjà ce qu’on va dire, on se demande pourquoi on écrirait. Parce que, quand on écrit, il y a une partie qui est la plus visible, surtout si l’on fait des romans ou si l’on écrit ses mémoires, ou quoi que ce soit: on revient sur ce qui a été vécu. Mais s’il n’y avait que cela, ce serait difficile de justifier qu’on passe des années à écrire ce qu’on connaît déjà. C’est que, dès l’instant où on l’écrit, on insère ce qui a été vécu dans quelque chose qui nous échappe, ce que moi j’appelle le temps, et qui donne une autre dimension à ce que l’on a vécu, et qui aussi, faut bien le dire, lui donne une forme. Si l’on regarde une vie, c’est échevelé: il y a des hauts, il y a des bas, des peines, des misères, etc. Et quand on écrit, on ressaisit cela dans une forme, soit le récit, soit un poème. Il y a une sorte d’apaisement à savoir que ce n’est pas tout croche, que cela se tient. C’est une forme de contrôle. Et tout en sachant que — je ne dis pas que ce contrôle ou que cette forme est un mensonge — on sait très bien que c’est une forme débordée de choses qui lui échappent. »

Ce conseil va à l’encontre de ce qui m’a toujours semblé plus sensé : mieux vaut se taire si l’on n’a rien à dire, et, si l’on écrit, éviter la répétition. On peut même s’arrêter, paralysé, en songeant à tout ce qui a déjà été écrit, si magnifiquement, et dont notre texte ne saurait rien ajouter de significatif à l’édifice commun de la littérature. Et puis, comment prétendre ne pas répéter ? Bien souvent, une phrase aimée, assimilée puis oubliée, ressurgit longtemps après dans notre langage, que l’on croit réinventer.

Voici un conseil qui a tout de même le mérite qu’on s’y attarde.