Sa joie de vivre, son amour profond pour l’existence, ainsi que sa manière de voir la vie du bon côté, sont les marques indélébiles de l’héritage qu’elle nous laisse.
Elle adorait le sport, surtout la balle molle et le hockey. Elle y a joué, accompagné les jeunes, et chacun savait combien elle en maîtrisait les moindres détails. Elle aimait aussi les jeux — bingo, cartes, casse‑têtes, Tock — toujours stratégique, partante et bonne perdante, avec un plaisir contagieux. Elle excellait au tricot et a réchauffé bien des pieds et des cœurs avec ses pantoufles.
Je me souviendrai toujours de ce jour-là : elle venait de passer un examen difficile à l’hôpital. C’était pénible, d’autant plus qu’elle n’était déjà pas en grande forme. J’étais certaine qu’elle irait se coucher dès son retour, tant l’examen avait été éprouvant. Mais non: mes cousines sont venues jouer au Tock, et c’était comme s’il ne s’était rien passé. À ma grande stupéfaction, elle riait, s’amusait… C’était tout à fait elle : elle ne s’assombrissait pas, ne s’alourdissait pas. Elle passait à autre chose et retrouvait une joie réelle, simple et entière.
Elle aimait la terre et tout ce qui en jaillissait : plantes, fleurs, arbres. C’était un trait qu’elle tenait de son père, et que je porte à mon tour. La nature m’enchante ; elle ne cesse de nourrir mon inspiration.
Nous avons voyagé ensemble, parcouru à vélo la piste du P’tit Train du Nord et, surtout, fait le tour de la Gaspésie, que j’adorais et qu’elle a appris à aimer elle aussi. Elle s’amusait beaucoup lorsque nous allions au bord des quais et que je questionnais les habitants. Elle trouvait que j’avais l’air d’une journaliste — et les gens le pensaient aussi — si bien qu’ils me parlaient tout naturellement de leurs habitudes et de leurs coutumes. Elle me regardait faire avec un sourire en coin. Elle aimait, tout autant que moi, ne pas trop se prendre au sérieux, et mon audace l’amusait beaucoup.
Les moments que nous aimions particulièrement lorsque nous voyagions en Gaspésie, c’était de nous promener pieds nus sur la plage, de ramasser des coquillages et de belles pierres, et de partager nos trouvailles. Le silence entre nous n’était pas pesant : nous savions être contemplatives et goûter l’instant présent.
Je l’ai entraînée dans mon plaisir de la gastronomie, et nous avons fait plusieurs restaurants délicieux, dont le Gîte du Mont‑Albert, le Gargantua à Percé, et bien d’autres excellents établissements. Et même si elle n’aimait pas trop prendre du vin, elle partageait avec moi un bon repas et un petit verre, et nous savourions le plaisir de la bonne table, de la bonne compagnie — car nous nous plaisions ensemble — et du temps qui passe, tout simplement. Ce n’était jamais bien compliqué avec ma mère. Et j’aimais par-dessus tout son naturel, sa façon si simple d’aborder les gens, peu importe leur classe sociale ou leur titre : elle leur parlait comme à un proche, avec une simplicité, une délicatesse, un désir de connaître, une curiosité véritablement saine… et ça ne ratait jamais, les gens s’adressaient à elle avec le même naturel. Nous avions souvent de jeunes gens qui venaient vers nous, qui se confiaient à elle, car elle inspirait confiance: elle ne jugeait pas, elle écoutait.
Je me souviendrai toujours du jour de mes cinquante ans : un jour marquant. Elle a eu la gentillesse de m’emmener dans mon restaurant préféré à Saint‑Adèle, au bord d’un beau lac. Nous n’étions que toutes les deux, et sa belle présence avait su combler tout ce qui aurait pu manquer.
Nous aimions regarder des émissions télévisées, dont
La Révolution, notre préférée, car la danse nous passionnait. Notre activité de prédilection restait la marche. Je ne compte pas les kilomètres que nous avons parcourus ensemble. Nous allions souvent le long de la rivière du Nord, sur la belle promenade aménagée, et nous poussions plus loin, chez Prana, notre café favori, où l’amie Denise venait nous retrouver.
Tout le monde se souviendra de sa mémoire phénoménale. Elle connaissait les dates d’anniversaires de chacun. C’était véritablement un don hors du commun. J’aimais lui rappeler les Noëls d’antan, les traditions, la vie à la ferme, sa jeunesse. Sa mémoire était vraiment intarissable.
Elle disait tellement de bien de ses parents : elle les avait tant aimés, admirant le courage de sa mère, la douceur de son père et son amour pour ses enfants. Elle a grandi dans une famille aimante, et elle se savait avoir été très aimée par ses parents. Cet amour l’a nourrie toute sa vie, car la vie n’a pas toujours été facile pour elle et, pour dire vrai, la maladie s’est ancrée dans son existence pendant les vingt‑cinq dernières années, dès ses 57 ans, avec des épreuves presque surhumaines. Des maladies dont elle ne s’accablait pas, mais qui ne l’ont pas lâchée un seul instant durant les derniers mois de sa vie. Malgré tout, nous le savons, elle aurait aimé être encore parmi nous aujourd’hui. Et nous la portons avec beaucoup de chaleur dans notre cœur, car nous l’avons beaucoup aimée.
Il y a mille choses que je pourrais dire sur mes rapports avec ma mère ; ce seul témoignage n’y suffirait pas, tant nous avons vécu très près l’une de l’autre, parfois dans une intimité rare… où les mots devenaient inutiles.
Sa simplicité lumineuse
(9 juin 1943 - 16 juin 2025)