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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

La démesure de la peur, c'est l'angoisse humaine

« Je m'évalue par comparaison, soit avec autrui soit avec l'idée de perfection. La comparaison avec autrui est plus souvent utilisée d'une façon explicite; c'est pourquoi je parviens assez facilement à être content de moi en surface. Mais la comparaison avec la perfection s'opère toujours dans ma « subconscience »; c'est pourquoi, au fond de moi, je ne puis jamais être définitivement acquitté.

Comme j'ai besoin de me voir une « valeur », je me définis essentiellement par les facultés que je vois « perfectibles » en moi et je néglige les autres. Je cantonne mon exigence de perfection là où je puis trouver un espoir. (...) Cette recherche de la perfection dans un aspect ou l'autre du moi manifesté explique une caractéristique de l'être humain, sa démesure. L'homme est démesuré dans ses ambitions, ses espoirs, ses glorifications de lui-même, et aussi dans ses abaissements, ses résignations, ses peurs; la démesure de la peur, c'est l'angoisse humaine. »

– Hubert Benoit, Lâcher prise : théorie et pratique du détachement selon le Zen, 4e édition, Paris: Le courrier du livre, 1985, p. 126-127