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Être seul n’est pas être dans la solitude

« Je garderai le mot solitude pour parler de cet état où l’on est sans les autres, certes, mais où l’on se tient compagnie, et nommerai esseulement les temps, que je sois seul ou en compagnie, où ma propre compagnie me manque, les moments où le « quelqu’un qui me manque » n’est pas tant l’autre que moi-même. (…) Être dans la solitude, c’est éprouver la certitude que l’autre est là, en moi. Et puis, il y a l’isolement, où manquent et l’autre et moi. » – Michel Schneider, Glenn Gould Piano solo , Gallimard, 1994, p. 30

Calme mental

« En quoi consiste le calme du mental ? Quelque chose est en suspens, mais quoi ? Ce n'est pas un suspens de tout fonctionnement mental puisque le sujet reste éveillé, puisqu'il ne dort pas. Le mental fonctionne, il tourne. Simplement il tourne « rond », sans à-coups. Il y a arrêt de quelque chose, mais non pas du mental, seulement de ses à-coups, des irrégularités de son rythme. À quoi correspondent donc à ces à-coups ? Ils correspondent aux émotions.

(...)

C'est grâce à un oubli momentané de mes préoccupations personnelles que ce calme parfait s'est réalisé en moi; j'étais retiré en marge de toute circonstance pouvant concerner mon Ego. (...) J'avais laissé hors de mon mental toute image concernant ma vie personnelle. (...) C'est cette absence d'émotions qui conditionnait le fonctionnement sans à-coups de mon mental, et c'est ce fonctionnement qui conditionna le déclenchement soudain en moi de la conscience non dualiste de l'existence.

(...)

Ainsi détendu sans être endormi, mon mental est apte à recevoir sans bouger cette perception non dualiste de l'existence à laquelle il s'oppose d'habitude par ses agitations.

C'est comme un prisonnier habitant une prison dont la porte est construite pour s'ouvrir vers l'intérieur, et qui, d'habitude, pousse sur cette porte pour l'ouvrir; plus il pousse, moins la porte peut s'ouvrir; s'il cesse un instant de pousser, la porte s'ouvre d'elle-même. »

– Hubert Benoit, La doctrine suprême selon la pensée Zen, 4e édition, Paris: Le courrier du livre, 1967, p. 82-83