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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

L'attention sans objet

« Le Zen nous dit « Éveillez le mental sans le fixer sur aucune chose ». Il nous conseille ainsi de pratiquer l'attention sans objet. Le langage non-convergent réalise seul cette attention sans objet, c'est-à-dire cette attention qui a un objet comme si elle n'en avait pas. Dès qu'on s'exerce à ce langage, on sent l'attention toute nouvelle qui y préside; c'est une vigilance constante à n'être pas attentif comme on l'est d'habitude, à ne pas saisir, à ne pas prendre, à lâcher encore et encore la prise qui tend à se refaire. C'est une vigilance à rien, au vide, à ce vrai vide qui n'est pas l'absence de formes mentales, mais l'absence du sens convergent, égo-centré, des formes mentales pourtant présentes. »

– Hubert Benoit, Lâcher prise : théorie et pratique du détachement selon le Zen, 4e édition, Paris: Le courrier du livre, 1985, p. 224