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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

Le détachement
(dépassement des compensations)

« Le détachement progressif est une purification de cet attachement à soi-même qui est au centre de tous les attachements en général.

Le détachement, ou dépassement des compensations, est souvent mal compris; on croit qu'il s'agit de détruire la préférence effective éprouvée pour l'image compensatrice, on croit qu'il s'agit d'arracher de soi le désir. On oublie que l'attachement ne réside pas dans le désir mais seulement dans la revendication de la satisfaction du désir. Le désir n'a pas à disparaître, mais uniquement la revendication. Et l'abandon de la revendication ne résulte pas d'une lutte intérieure; il résulte de l'interprétation correcte de la déception inhérente à la revendication, que celle-ci soit satisfaite ou non. Angoisse, revendication, croyance que l'image revendiquée est la Réalité, telles sont les pièces de l'échafaudage erroné que mine la compréhension et dont elle obtient un jour l'écroulement. Le détachement n'est pas un événement intérieur douloureux, mais au contraire un soulagement.

Jamais ce que nous aimons, ce à quoi nous sommes attachés, n'est en lui-même un obstacle; l'obstacle est seulement dans la fausse identification entre l'image chérie et la Réalité, l'obstacle est seulement dans l'ignorance. »

– Hubert Benoit, La doctrine suprême selon la pensée Zen, 4e édition, Paris: Le courrier du livre, 1967, p. 262-263