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Marguerite Yourcenar: Le Labyrinthe du monde

De l’écrivaine Marguerite Yourcenar, Archives du Nord et Souvenirs pieux sont des mémoires autobiographiques tout à fait remarquables, parmi les plus aboutis de son œuvre. Des livres écrits d’une main de maître — on connaît le talent formidable de cette grande écrivaine — et que je recommande chaudement. Ces deux ouvrages constituent d’ailleurs les deux premiers volets du cycle autobiographique intitulé Le Labyrinthe du monde , que Yourcenar devait compléter avec Quoi ? L’Éternité , un dernier volume laissé inachevé à sa mort et publié seulement après sa disparition. C’est une fascinante plongée dans la généalogie de ses deux familles. Bien sûr, tout n’est pas entièrement validé par les faits historiques : certains pans de l’histoire familiale ne sont pas documentés, des hiatus, comme le dit l’écrivaine. Mais Yourcenar s’est très certainement amusée à broder autour des personnages de son passé. Elle a d’ailleurs expliqué l’objectif de cette autobiographie : « Avant tout, toucher à q...

La barque vide

Lin-tsi, un des grands maîtres du Zen, aimait raconter :

« Dans ma jeunesse, j'étais féru de canotage. J'avais une petite barque et je me promenais seul sur le lac. Une nuit, j'étais assis dans mon canot, les yeux clos, en train de méditer. Une barque vide qui dérivait vint heurter la mienne. Je crus que quelqu'un avait voulu m'accoster. La colère monta en moi, j'ouvris les yeux et m'apprêtais à invectiver celui qui m'avait abordé. Je vis alors que cette barque était vide. N'ayant personne sur qui déverser ma colère, je refermai les yeux et, dans le silence de la nuit, j'atteignis un certain point à l'intérieur de moi-même. C'est ainsi que cette barque vide me servit de révélation, de gourou. Et aujourd'hui encore, si quelqu'un sur un esquif m'aborde et m'insulte, je ris et me dis que sa barque aussi est vide. Je ferme les yeux et me retire à l'intérieur. »

– Lin-tsi, extrait puisé dans le livre de Michel Hulin, L'Inde des sages, Paris : Éditions du Félin, Philippe Lebaud, 2000, p. 210