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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

Revenir à ses sens

« Si l'on est juste assis au bord du ruisseau, à sentir tout ce qu'il y a à sentir, il n'y a pas de quoi en faire toute une affaire : on est simplement assis là, c'est tout. Mais supposez maintenant qu'on se mette à penser aux ennuis qu'on a dans la vie. On s'absorbe dans ses pensées, on s'immerge dans ses problèmes – les sentiments qu'ils suscitent en nous, ce qu'on peut faire pour les résoudre – et, tout d'un coup, on est totalement absent à tout ce qu'on sentait il y a quelques instants. On ne voit plus l'eau, on ne sent plus l'odeur des bois, on ne sent plus son corps. Les sensations ont disparu. On a sacrifié la vie qu'on goûtait à cet instant précis pour penser à des choses qui ne sont pas là, qui ne sont pas réelles, ici, tout de suite. »

– Charlotte Joko-Beck, Vivre zen, Pocket, 1996, p. 216-217