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Le quatre-vingt-quatrième problème

Un jour, un fermier alla voir le Bouddha pour lui parler de ses problèmes. Il décrivit ses difficultés : combien son travail était compliqué, tant à cause de la sécheresse que de la mousson. Il parla au Bouddha de son épouse : il l’aimait, mais il y avait certaines choses chez elle qu’il aurait bien voulu changer. Même refrain en ce qui concernait ses enfants : oui, il les aimait, mais ils n’évoluaient pas comme il l’aurait souhaité. Quand il eut fini, il demanda comment le Bouddha pouvait l’aider à résoudre ses soucis. Le Bouddha répondit : « Je suis désolé, mais je ne peux pas vous aider. – Comment est-ce possible ? s’écria le fermier. Vous êtes censé être un grand maître ! – Je vais vous expliquer, répondit le Bouddha. Tous les êtres humains ont quatre-vingt-trois problèmes, c’est un fait. Bien sûr, certains problèmes disparaissent de temps en temps, mais bien vite, d’autres les remplacent. Nous aurons donc toujours quatre-vingt-trois problèmes. – À quoi sert donc votre ense...

Oublier quelqu’un

« L’oubli est un gigantesque océan sur lequel navigue un seul navire, qui est la mémoire. Pour l’immense majorité des hommes, ce navire se réduit à un rafiot misérable qui prend l’eau à la moindre occasion, et dont le capitaine, personnage sans scrupules, ne songe qu’à faire des économies. Savez-vous en quoi consiste ce mot ignoble? À sacrifier quotidiennement, parmi les membres de l’équipage, ceux qui sont jugés superflus. Et savez-vous lesquels sont jugés superflus? Les salauds, les ennuyeux, les crétins? Pas du tout : ceux qu’on jette par-dessus bord, ce sont les inutiles – ceux dont on s’est déjà servi. Ceux-là nous ont donné le meilleur d’eux-mêmes, alors, que pourraient-ils encore nous apporter? Allons, pas de pitié, faisons le ménage, et hop! On les expédie par-dessus le bastingage, et l’océan les engloutit, implacable. »

– Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin, Paris : Albin Michel, 1992, p. 182