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La posture de l'observateur

Une histoire zen parle de la meilleure façon d’accompagner l’autre (ex. son enfant, soi-même) : c’est de le laisser aller jusqu’à l’insupportable, jusqu’à ce qu’il le ressente et en devienne conscient. Il faut rester dans la posture de l’observateur, tout en ne l’abandonnant pas. Le pire, c’est de l’ignorer. Nous finissons tous, un jour ou l’autre, par voir nos travers et les corriger. Il n’y a pas d’âge pour apprendre à se connaître et pour s’amender.

Oublier quelqu’un

« L’oubli est un gigantesque océan sur lequel navigue un seul navire, qui est la mémoire. Pour l’immense majorité des hommes, ce navire se réduit à un rafiot misérable qui prend l’eau à la moindre occasion, et dont le capitaine, personnage sans scrupules, ne songe qu’à faire des économies. Savez-vous en quoi consiste ce mot ignoble? À sacrifier quotidiennement, parmi les membres de l’équipage, ceux qui sont jugés superflus. Et savez-vous lesquels sont jugés superflus? Les salauds, les ennuyeux, les crétins? Pas du tout : ceux qu’on jette par-dessus bord, ce sont les inutiles – ceux dont on s’est déjà servi. Ceux-là nous ont donné le meilleur d’eux-mêmes, alors, que pourraient-ils encore nous apporter? Allons, pas de pitié, faisons le ménage, et hop! On les expédie par-dessus le bastingage, et l’océan les engloutit, implacable. »

– Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin, Paris : Albin Michel, 1992, p. 182