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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

« Un vide insondable et rien de sacré » (Bodhidharma)

« Quelle est la plus haute vérité des saints enseignements ? » Bodhidharma répondit : « Un vide insondable et rien de sacré. »

« De quel vide parle Bodhidharma ? Ce n'est pas un grand trou noir dans l'Univers avec une pancarte bouddhique indiquant : « Le vide. Pas sacré. Entrée autorisée. » Ce n'est pas non plus un vide abstrait opposé à une plénitude concrète. Quel peut être ce vide, sinon le substrat d'où émergent tous les phénomènes et auquel ils retournent inévitablement ? Selon le sutra de la Grande Sagesse : « La forme est seulement le vide, et le vide, seulement la forme. »

« En même temps que l'aspect absolu de notre vie, il faut en reconnaître l'aspect relatif. Et, inversement, la conscience des différences doit en même temps être équilibrée par la dimension absolue. »

« Sacré », « profane » : ne sont-ce pas des distinctions arbitraires qui tendent à séparer le sujet de la chose nommée ? La véritable sainteté – la complétude – est vide, rien, non-soi, une condition dans laquelle on n'est plus séparé de rien. »

« Lorsque l'esprit est libéré de notions telles que sacré et profane, vide et plénitude, soi et les autres, la vérité se révèle; telle est la clef de la compréhension de l'esprit d'autrui. Et telle était la condition de l'esprit de Bodhidharma. »

– Philip Kapleau, Questions zen, Paris : Éditions du Seuil, 1992, p. 155, 159 et 161