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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

Ainsi un autre jour venait de naître

« Le fleuve était en crue et roulait ses eaux sur plusieurs milles de large en certains endroits; c'était un spectacle merveilleux. Au nord se trouvaient les collines verdoyantes, toutes neuves après la tempête. De grandes voiles blanches et triangulaires glissaient sur les eaux, et la lumière de l'aube resplendissait autour d'elles; elles semblaient être nées de ces eaux. L'agitation du jour n'avait pas encore commencé, et le chant d'un batelier venait de l'autre côté de l'eau. À cette heure-là le chant semblait remplir l'univers, et les autres bruits semblaient se taire et l'écouter. Même le sifflet d'un train passant près de là semblait se faire plus doux comme s'il craignait de déchirer l'air et le chant.

Petit à petit les bruits s'éveillèrent dans le village : les querelles autour de la fontaine, le bêlement des chèvres, les vaches qui réclamaient qu'on les traie, les lourdes charrettes sur la route, le cri perçant des corneilles, les pleurs et les rires des enfants. Ainsi un autre jour venait de naître. »

– Krishnamurti, Commentaires sur la vie : Qui êtes-vous ?, Intégrale, « Provocation et réponse », préambule, J'ai lu, 2015, chapitre 55, p. 219