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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

L’esprit mortifère

« L’esprit est le grand assassin du réel. »
maître tibétain

Commentaire d’Edgar Morin :

« Cette formule me semble très forte parce que je pense que l’esprit trahit toujours la réalité, la dénature, la transmute. C’est l’esprit qui nous sert à communiquer avec la réalité; mais en vérité, c’est ce qui nous empêche de la voir. Les idées trahissent ce qu’elles traitent, et, pourtant, nous en avons besoin. La formulation est forte parce qu’« assassin du réel », pour moi, c’est beau et c’est fort, cela va beaucoup plus loin que trahir la réalité : ça la tue. Je pense qu’il y a quelque chose de mortifère dans l’esprit. S’il se fait un système d’idées qu’il prend pour le monde, alors il mutile le monde sans savoir ce qu’il fait. »

– Edgar Morin, « L’Orient, notre refoulé : entretien avec Edgar Morin », dans L’Orient intérieur : la sagesse importée, sous la direction de Marc de Smedt, Paris : Éditions Autrement, 1985, p. 29-30