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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

Le vide intérieur

« Il n'y a d'effort que lorsqu'on cherche à s'évader de ce vide intérieur, par l'action, par la contemplation, par des acquisitions, par des réussites, par le pouvoir, etc. C'est de cela qu'est faite notre existence quotidienne. »

Or, si l'on ne fait pas d'efforts pour fuir ce vide intérieur, qu'arrive-t-il ?

(...) Ne cherchant plus à éviter ce sens intérieur de vacuité, nous regardons, nous observons, nous acceptons ce qui « est »; alors surgit un état créateur où toute lutte a cessé, un état qui n'est pas le produit de l'effort. Ce qui « est » est vacuité, insuffisance et lorsqu'on vit avec ce vide intérieur et qu’on le comprend, une réalité surgit, une intelligence créatrice en laquelle, seule, est le bonheur.

(...) L'on peut comprendre cela lorsqu'on est parfaitement conscient de ce qui se passe en soi au moment où l'on agit. Observez-vous au cours d'une action; observez non seulement vos gestes mais le mouvement de votre pensée et de vos sentiments. Si vous le percevez clairement, vous verrez que le processus de la pensée, lequel est aussi sentiments et action, est basé sur l'idée de devenir. Et cette idée ne surgit que lorsqu'il y a un sens d'insécurité, et ce sens d'insécurité provient de la perception du vide intérieur. Si l'on est conscient de ce processus de la pensée et de l'émotion, l'on voit qu'il s'y déroule une perpétuelle bataille où s'exerce un effort de changer, de modifier, de transformer ce qui « est ». Et, par la connaissance de soi, par une constante lucidité, l'on voit que cette lutte, que ces efforts en vue de devenir, ne mènent qu'à la déception, à la douleur, à l'ignorance.

Mais vivre en état de connaissance en ce qui concerne ce vide intérieur et vivre avec lui en l'acceptant totalement, c'est découvrir une extraordinaire tranquillité, un calme qui n'est pas fabriqué, construit, mais qui résulte de la compréhension de ce qui « est ». Seul cet état de paix est un état d'être créateur. »

– Krishnamurti, La première et dernière liberté, Éditions Stock, 1994, p. 77-78