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Marguerite Yourcenar: Le Labyrinthe du monde

De l’écrivaine Marguerite Yourcenar, Archives du Nord et Souvenirs pieux sont des mémoires autobiographiques tout à fait remarquables, parmi les plus aboutis de son œuvre. Des livres écrits d’une main de maître — on connaît le talent formidable de cette grande écrivaine — et que je recommande chaudement. Ces deux ouvrages constituent d’ailleurs les deux premiers volets du cycle autobiographique intitulé Le Labyrinthe du monde , que Yourcenar devait compléter avec Quoi ? L’Éternité , un dernier volume laissé inachevé à sa mort et publié seulement après sa disparition. C’est une fascinante plongée dans la généalogie de ses deux familles. Bien sûr, tout n’est pas entièrement validé par les faits historiques : certains pans de l’histoire familiale ne sont pas documentés, des hiatus, comme le dit l’écrivaine. Mais Yourcenar s’est très certainement amusée à broder autour des personnages de son passé. Elle a d’ailleurs expliqué l’objectif de cette autobiographie : « Avant tout, toucher à q...

L'amour inconditionnel de la vie

« La plupart des gens, à mon avis, ont une façon aussi peu réaliste que possible d'aborder le problème du bonheur, parce que, invariablement, ils posent la condition de la fatale conjonction de subordination « si ». On les entend répéter : « Je serais heureux, si j'étais riche, ou si j'étais aimé de cette jeune fille, ou si j'avais du talent » – ou encore, le plus souvent : « Si j'avais une bonne santé. » Ils ont beau le plus souvent atteindre leur but, ils ne tardent pas à s'inventer d'autres « si ».

(...)

La vie peut nous priver de liberté, de santé, de fortune, d'amis, de famille, de succès. Elle ne peut nous ôter ni la pensée ni l'imagination, et il reste toujours l'amour, la musique, l'art, les fleurs et les livres. Sans compter l'intérêt passionné pour toutes choses.

(...)

Le malheur est que la nature humaine a tendance à s'habituer aux miracles, à tel point que nous finissons par avoir une manière complètement faussée de considérer tout comme allant de soi. »

– Arthur Rubinstein, citation puisée dans sa biographie, Les jours de ma jeunesse, traduit de l'américain par Georges Belmont et Hortense Chabrier, Paris : Laffont, 1973, p. 484 et 596