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L’Étranger de François Ozon

En voyant L’Étranger de François Ozon, que j’ai trouvé excellent et fidèle au roman de Camus, on cherche encore à comprendre le geste de Meursault, et rien ne semble l’expliquer, sinon son attitude générale face à la vie : ni froide ni chaude, indifférente à tout. Son existence semble baignée d’une apathie totale. Tuer ou ne pas tuer, aimer ou ne pas aimer, vivre ou mourir, tout paraît placé sur le même pied d’égalité, tant cet individu semble vidé intérieurement. Il est d’une neutralité glaciale ; ses agissements semblent le dépasser. Il n’est intime ni avec lui-même ni avec les autres. La mort de sa mère en est un exemple frappant : il ne sait pas comment se comporter, on lui dicte les gestes attendus. Il semble ne rien éprouver, et pourtant, plus tard, il finira par penser à elle, allant même jusqu’à la revoir intérieurement, comme s’il vivait à retardement ce qui lui arrive. Ainsi, même s’il n’est pas méchant, il ne donne pas davantage l’impression d’être bon. L’individu qui l’e...

La figure de l’avenir

« Sais-tu quelle figure a l’avenir lorsqu’on le regarde?

Elle ressemble à la danse des poussières dans l’air, le long des routes, par les jours de sécheresse. Elles sont là au repos sur la route, elles existent, prêtes à répondre à l’incitation qui les mettra en mouvement. Le vent passe et les voilà qui se soulèvent, voyagent et dansent, se rapprochant, se heurtant, formant des groupes, des dessins imprécis qui se défont avant qu’on ait eu le temps de reconnaître à quoi ils ressemblaient. »

– Alexandra David-Néel, Le Lama aux cinq sagesses, Plon, Presses Pocket, 1977, p. 212