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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

Conscience dispersée

« Nos esprits sont moins contemplatifs que fébrilement dispersés entre consultations instantanées de messagerie, brefs coups de téléphone et visites éclairs de tel ou tel site Internet. Dans ce contexte, c’est le flux même de la conscience qui est atteint.

Au début du XXe siècle, le philosophe allemand Edmund Husserl avait voulu identifier le cœur de toute réalité. Il l’avait découvert dans la conscience, plus précisément, dans la dimension temporelle de celle-ci. Au fondement de toute chose, il y a ce qu’il appelle le « présent vivant », ce socle de continuité a minima qui me permet de relier ce qui vient de se passer à ce qui va arriver, de suivre la trame du temps qui passe.

Face à la multiplication incontrôlée des sollicitations électroniques, ce noyau de notre rapport à nous-même et au monde est menacé d’implosion. L’individu hypermoderne, soumis à des stimulations diverses depuis son plus jeune âge, peine à soutenir son attention sur le même objet. »

– Michel Eltchaninoff, « Vous avez dit aliénations ? Indépendants et salariés témoignent », Philosophie Magazine, Dossier : « Le travail nuit-il à la santé? », mensuel numéro 39, mai 2010, p. 51-52