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Être seul n’est pas être dans la solitude

« Je garderai le mot solitude pour parler de cet état où l’on est sans les autres, certes, mais où l’on se tient compagnie, et nommerai esseulement les temps, que je sois seul ou en compagnie, où ma propre compagnie me manque, les moments où le « quelqu’un qui me manque » n’est pas tant l’autre que moi-même. (…) Être dans la solitude, c’est éprouver la certitude que l’autre est là, en moi. Et puis, il y a l’isolement, où manquent et l’autre et moi. » – Michel Schneider, Glenn Gould Piano solo , Gallimard, 1994, p. 30

Conscience dispersée

« Nos esprits sont moins contemplatifs que fébrilement dispersés entre consultations instantanées de messagerie, brefs coups de téléphone et visites éclairs de tel ou tel site Internet. Dans ce contexte, c’est le flux même de la conscience qui est atteint.

Au début du XXe siècle, le philosophe allemand Edmund Husserl avait voulu identifier le cœur de toute réalité. Il l’avait découvert dans la conscience, plus précisément, dans la dimension temporelle de celle-ci. Au fondement de toute chose, il y a ce qu’il appelle le « présent vivant », ce socle de continuité a minima qui me permet de relier ce qui vient de se passer à ce qui va arriver, de suivre la trame du temps qui passe.

Face à la multiplication incontrôlée des sollicitations électroniques, ce noyau de notre rapport à nous-même et au monde est menacé d’implosion. L’individu hypermoderne, soumis à des stimulations diverses depuis son plus jeune âge, peine à soutenir son attention sur le même objet. »

– Michel Eltchaninoff, « Vous avez dit aliénations ? Indépendants et salariés témoignent », Philosophie Magazine, Dossier : « Le travail nuit-il à la santé? », mensuel numéro 39, mai 2010, p. 51-52