jeudi 25 janvier 2018

La parabole de la lampe allumée au grand jour

« [T]andis que le soleil brille, un homme s’entête à vouloir allumer une lampe, sa lampe, afin de s’éclairer ou d’éclairer autrui. En vain, lui représente-t-on qu’il fait grand jour, que le soleil répand sa grande clarté sur toutes choses. Il refuse le bénéfice de celle-ci, ce qu’il désire, c’est une lampe produite par lui. Très vraisemblablement la folie de cet homme tient à ce qu’il ne discerne pas la lumière du soleil, elle n’existe pas pour lui, un écran opaque l’empêche de l’apercevoir. Quel est cet écran? – L’infatuation de soi-même, de sa personnalité et de ses œuvres, les ratiocinations s’opposant à la compréhension. »

– Alexandra David-Néel, Initiations lamaïque, Éditions Adyar, 1999, p. 168

mardi 23 janvier 2018

Les dix entraves selon le bouddihsme

 Les dix entraves qui empêchent un être de parvenir à la libération sont  : «1) La croyance au «  moi ». 2) Le doute. 3) La foi en l’efficacité des rites et des cérémonies. 4) Les désirs sensuels. 5) La colère. 6) Le désir d’exister dans un monde moins grossier que le nôtre (celui de la « forme pure »). 7) Le désir d’exister dans un monde encore plus subtil (le monde « sans forme  »). 8) L’orgueil. 9) L’agitation. 10) L’ignorance.

Le 6 et le 7 peuvent s’entendre comme l’attachement à l’existence portant celui qui l’éprouve – s’il dédaigne le genre d’existence des êtres dans notre monde – à souhaiter vivre dans des états supérieurs d’existence, mais à continuer à vivre d’une vie personnelle. Ce désir est lié à la croyance au «  moi ». »

– Alexandra David-Néel, Initiations lamaïque, Éditions Adyar, 1999, p. 163-164 (note 143)

jeudi 18 janvier 2018

Thème de méditation

« Je dépose le passé. Tout ce que j’ai été, tout ce que j’ai fait dans le passé, je le laisse de côté. Je dépose mes amours, mes haines, mes douleurs, mes joies anciennes.

Je dépose l’avenir. Projets, désirs, espoirs, craintes, etc.

Reste l’agrégat impermanent qui constitue mon « moi » à cet instant même. Je l’examine, analysant chacune de ses parties.

D’où vient cette sensation? Où ira-t-elle lorsqu’elle cessera?
D’où vient cette idée? Où ira-t-elle lorsqu’elle cessera?

Le même questionnaire est appliqué à chacun des cinq éléments qui, d’après les bouddhistes, constituent la personnalité. À savoir : la forme, les perceptions, les sensations, les formations mentales et la conscience-connaissance.

Le fruit de ces introspections est d’amener à constater que les éléments du soi-disant « moi » sont tous impermanents, que l’on ne peut pas attribuer une origine première à cette procession perpétuellement en marche, de sensations, de perceptions, d’idées, ni saisir et fixer aucune d’entre elles, toutes étant dénuées de réalité substantielle de « moi ».

Continuant de cette manière, [l'on] approche de la compréhension du « vide en soi-même ».

Ainsi la méditation est retournée à son point de départ, « Tout est vide », et dans ce vide, les phénomènes constituant l’univers, la soi-disant personnalité et la soi-disant existence naissent d’eux-mêmes. »

– Alexandra David-Néel, Initiations lamaïque, Éditions Adyar, 1999, p. 119-120

mardi 16 janvier 2018

Pluie brumeuse sur le mont Lou

« Pluie brumeuse sur le mont Lou, inondations en Tcheu-kiang,
Ne pas y être allé – mille fois regretté.
(Hâte-toi) avant qu’elles disparaissent !
Puis, le but atteint, rentre pour toujours :
D’autres actions seraient vaines alors.
Pluie brumeuse sur le mont Lou, inondations en Tcheu-kiang. »

Commentaire de Daisetz Teitaro Suzuki : « L’ultime point de vue du Zen est que nous avons été égarés par l’ignorance, qui nous a fait voir une scission en nous, alors que depuis le début il n’était nullement besoin d’une lutte entre le fini et l’infini, et que la paix recherchée avec une telle ardeur était là de tout temps.  »

– Poème de Sou Toung-p’o (en japonais Sotoba) extrait du livre de Daisetz Teitaro Suzuki, Essais sur le bouddhisme zen, séries I, II et III, traduits sous la direction de Jean Herbert, Paris : Albin Michel, 1972, p. 25

jeudi 11 janvier 2018

Gaspillage d’énergie

« Po-chang disait que le Zen signifiait : « Mange quand tu as faim, dors quand tu es fatigué… ». La plupart des gens ne mangent pas, mais réfléchissent à quantité de choses, ouvrant ainsi le chemin à l’agitation mentale. Ils ne dorment pas, mais rêvent de mille et une choses. Leur esprit indompté brûle son énergie dans les soucis, la confusion et les idées vagabondes innombrables, au lieu de se concentrer sur un sujet unique. C’est pourquoi il n’achève jamais ce qu’il se propose de faire car, à l’instant même où il entreprend une chose donnée, il en poursuit déjà une autre, et s’épuise ainsi dans un gaspillage considérable d’énergie.  »

– Alan Watts, extrait du livre : L’esprit du Zen, Éditions Dangles, 1976, p. 107

mardi 9 janvier 2018

La définition est un assassinat

« La vie, même vue sous l’angle de la monotonie des besognes quotidiennes, est essentiellement insaisissable et indéfinissable. Variant d’une seconde à l’autre, elle ne peut être immobilisée, et nous ne pouvons ni l’analyser ni la définir. Réfléchir à la vitesse du temps ou du cours des événements équivaut à nous engager dans un tourbillon, car elle est incalculable. Plus nous nous efforçons de retenir le moment présent ou une sensation agréable, d’en trouver une définition susceptible de nous satisfaire pour toujours, plus l’objet de notre convoitise devient intangible. On dit que la définition est un assassinat. En effet, si le vent s’arrêtait de souffler, même une seule seconde, pour nous permettre de le saisir, il cesserait d’être vent. Le même principe est applicable à la vie. »

– Alan Watts, extrait du livre : L’esprit du Zen, Éditions Dangles, 1976, p. 52

jeudi 4 janvier 2018

Liberté spirituelle

« [L’on] atteint la liberté spirituelle au moment même où [l’on] s’aperçoit que la souffrance inhérente à l’homme procède de son envie d’enfermer le vent dans une boîte et de retenir la vie, sans lui donner la possibilité de vivre.  »

– Alan Watts, extrait du livre : L’esprit du Zen, Éditions Dangles, 1976, p. 76

mardi 2 janvier 2018

Laisser du jeu

« Le mot "jeu" signifie jouer, s’amuser, mais il exprime également l’idée d’un espace vide. Idée que l’on retrouve dans l’expression française : laisser du jeu. Ce jeu contient une notion d’espace vide nécessaire pour une action. Ainsi, l’on peut discerner dans le jeu, l’idée de Vide qui est au coeur de la pratique du bouddhisme. Vacuité, qui est atteinte quand tout désir a été abandonné et que se vit un vrai détachement. Non pas dans une volonté de renoncement. Bien au contraire! C’est parce que tout est là, dans ce moment présent, que l’être est comblé au-delà de toute mesure. »

– Claire S. Fontaine, extrait du livre : Contes Zen : Ryôkan, le moine au coeur d’enfant, traduction du japonais et composition par Claire S. Fontaine, Paris : Le Courrier du Livre, 2001, p. 9-10