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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

La noblesse du geste quotidien

« Dans ma hâte, je n'étais pas à ce que je faisais, ici et maintenant, mais à ce que j'allais faire, comme si je voulais me débarrasser au plus vite du présent pour me projeter dans l'avenir. Cette fébrilité spéculative en fait ne m'était même pas propre, elle provenait de l'époque, du milieu. Comme mes contemporains, je vivais au futur.

Le samu, qui apprend à se mettre tout entier dans la tâche qu'on exécute, fût-elle la plus humble, m'avait fait trouver, en m'obligeant à l'accomplir, l'existence du geste juste, qui est à lui-même sa propre, sa seule récompense.

Il suffisait – c'était d'une indécente banalité – de faire attention à ce que l'on faisait, de prendre « son temps », de ne faire à la fois qu'une seule chose.

Alors m'apparut dans toute sa noblesse le geste quotidien, fût-il le plus trivial, et le réel plaisir dont il vous gratifiait, si on l'exécutait de son mieux. Telle était, en somme, pour moi, la leçon la plus précieuse que je recevais du Zen. »

– Jacques Brosse, extrait du livre Satori : Dix ans d'expérience avec un Maître Zen, Paris : Albin Michel, deuxième édition revue et complétée, 1984, p. 50-51