« J'allais dire que c'est l'absence de sens qui donne un sens à la vie. En un sens, bien entendu, sous un premier rapport, la mort enlève le sens à la vie, puisque si je dois mourir et que c'est le néant – si j'admets le néant –, alors je ne vais nulle part. Donc, l'absence d'un au-delà fait déboucher ma vie sur le vide, sur le néant; d'où il s'ensuit que ma vie ne se fait dans aucune direction. Simplement, puis-je penser à mes enfants, à ma descendance ? C'est le seul espoir qui me reste.
Mais en un autre sens, au contraire, sous un autre rapport, inverse du premier, le fait de ne pas pouvoir dire où je vais, car je ne vais nulle part, en effet, fait que ma vie m'apparaît infiniment précieuse, qu'elle est miraculeuse, et profondément mystérieuse. »
– Vladimir Jankélévitch, Penser la mort ?, Éditions Liana Levi, 1994, p. 51-52