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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

Le bonheur

« Ce que les hommes éprouvent, aujourd'hui, comme « bonheur » correspond réellement à un état de complète satisfaction de leurs désirs, quelle que soit leur qualité; le bonheur, ainsi conçu, dépasse les limites importantes que la philosophie grecque lui avait assignées, à savoir principalement qu'il ne doit pas être l'accomplissement des besoins subjectifs, mais plutôt celui des besoins objectivement valables, suivant les critères de l'existence totale de l'homme et de ses potentialités.

Nous ferions mieux de penser à la joie et à la vivacité intense plutôt qu'au bonheur. Un être sensible ne peut pas s'empêcher d'être profondément affecté par les tragédies inévitables de la vie, que ce soit dans une société irrationnelle ou dans la meilleure des sociétés. La joie et la tristesse sont des expériences inéluctables pour un être sensible et vivant.

Le bonheur, dans son sens actuel, implique une satiété béate et superficielle plutôt que la plénitude de l'expérience humaine; on peut dire que ce « bonheur » est la forme aliénée de la joie. »

– Erich Fromm, Espoir et révolution : Vers l'humanisation de la technique, essai traduit de l'américain par Gérard D. Khoury, Montréal : Éditions Sélect, 1982, p. 147