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Être seul n’est pas être dans la solitude

« Je garderai le mot solitude pour parler de cet état où l’on est sans les autres, certes, mais où l’on se tient compagnie, et nommerai esseulement les temps, que je sois seul ou en compagnie, où ma propre compagnie me manque, les moments où le « quelqu’un qui me manque » n’est pas tant l’autre que moi-même. (…) Être dans la solitude, c’est éprouver la certitude que l’autre est là, en moi. Et puis, il y a l’isolement, où manquent et l’autre et moi. » – Michel Schneider, Glenn Gould Piano solo , Gallimard, 1994, p. 30

Le bonheur

« Ce que les hommes éprouvent, aujourd'hui, comme « bonheur » correspond réellement à un état de complète satisfaction de leurs désirs, quelle que soit leur qualité; le bonheur, ainsi conçu, dépasse les limites importantes que la philosophie grecque lui avait assignées, à savoir principalement qu'il ne doit pas être l'accomplissement des besoins subjectifs, mais plutôt celui des besoins objectivement valables, suivant les critères de l'existence totale de l'homme et de ses potentialités.

Nous ferions mieux de penser à la joie et à la vivacité intense plutôt qu'au bonheur. Un être sensible ne peut pas s'empêcher d'être profondément affecté par les tragédies inévitables de la vie, que ce soit dans une société irrationnelle ou dans la meilleure des sociétés. La joie et la tristesse sont des expériences inéluctables pour un être sensible et vivant.

Le bonheur, dans son sens actuel, implique une satiété béate et superficielle plutôt que la plénitude de l'expérience humaine; on peut dire que ce « bonheur » est la forme aliénée de la joie. »

– Erich Fromm, Espoir et révolution : Vers l'humanisation de la technique, essai traduit de l'américain par Gérard D. Khoury, Montréal : Éditions Sélect, 1982, p. 147