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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

L’impermanence

« Le caractère transitoire n’est déprimant qu’à l’esprit qui s’entête à vouloir « saisir », mais pour celui qui se laisse aller au gré du courant, comme une balle dans un torrent de montagne, pour employer une métaphore du bouddhisme zen, la notion de l’éphémère ou de la vacuité devient une sorte d’extase. C’est peut-être pourquoi aussi, en Orient comme en Occident, l’impermanence est si souvent le thème de la poésie la plus profonde et la plus émouvante, si profonde et si émouvante que la splendeur du changement transparaît même lorsque le poète semble le regretter le plus vivement :

Demain, demain et encore demain,
Jour après jour sournoisement se faufile,
Jusqu’au dernier jour du temps irréversible,
Et tous nos jours enfuis montrèrent aux insensés
Le chemin de la mort. Éteinte, cette brève chandelle!
La vie n’est qu’une ombre éphémère, un pauvre acteur
Qui s’agite un moment sur la scène du temps
Pour disparaître ensuite : c’est une fable
Contée par un idiot, plein de verve et de rage,
Et qui ne signifie rien. »

– Extrait du livre d’Alan Watts, Le bouddhisme zen, Éditions Payot, c1960, 1969, 1982, 1991, p. 56-57