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L’Étranger de François Ozon

En voyant L’Étranger de François Ozon, que j’ai trouvé excellent et fidèle au roman de Camus, on cherche encore à comprendre le geste de Meursault, et rien ne semble l’expliquer, sinon son attitude générale face à la vie : ni froide ni chaude, indifférente à tout. Son existence semble baignée d’une apathie totale. Tuer ou ne pas tuer, aimer ou ne pas aimer, vivre ou mourir, tout paraît placé sur le même pied d’égalité, tant cet individu semble vidé intérieurement. Il est d’une neutralité glaciale ; ses agissements semblent le dépasser. Il n’est intime ni avec lui-même ni avec les autres. La mort de sa mère en est un exemple frappant : il ne sait pas comment se comporter, on lui dicte les gestes attendus. Il semble ne rien éprouver, et pourtant, plus tard, il finira par penser à elle, allant même jusqu’à la revoir intérieurement, comme s’il vivait à retardement ce qui lui arrive. Ainsi, même s’il n’est pas méchant, il ne donne pas davantage l’impression d’être bon. L’individu qui l’e...

Vieillir

« Un moment arrive où il convient d’exercer à son propre égard une extrême vigilance. Le corps se fatigue et cherche à monopoliser l’attention. Son désir vise à établir sa souveraineté et à réduire en esclavage le cavalier dont il est la monture. Toutefois, il réagit suivant l’attitude qu’on prend envers lui. Gâté tel un gamin capricieux, il se voudra monarque; traité avec gentillesse et humour, il puisera constamment en lui-même des énergies nouvelles. (...) Celui qui n’éprouve pas le goût de la culture, de l’écriture, des livres, de l’art – musique ou peinture – va saisir la seule évasion qui s’offre à lui : le souci et le soin exclusifs de son corps. »

– Marie-Madeleine Davy, Traversée en solitaire, Albin Michel, 1989