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La citadelle intérieure (Pierre Hadot)

Pierre Hadot a écrit un splendide ouvrage, La citadelle intérieure , dont le titre évoque aussitôt celui de Marie‑Madeleine Davy. Il y explique, en substance, qu’il faut construire en soi une forteresse, un lieu préservé des troubles extérieurs. Mais en sommes‑nous réellement capables ? Est‑ce humainement possible ? La question devient d’autant plus pressante lorsqu’on avance en âge, que surviennent les pertes, les départs, le brouillage des repères, et ce sentiment d’impuissance devant l’inévitable destinée humaine.

Pesanteur et temps

« La pesanteur et le temps sont liés par un rapport profond. Les horloges sont mues par des poids, et c'est même vrai du cadran solaire. Aussi l'effort pour suspendre le cours du temps est-il d'abord dirigé contre la pesanteur; l'esprit veut prendre son essor par-dessus le temps, en se dépouillant de la consciense écrasante de la pesanteur, en se libérant d'elle; dans l'ivresse, dans le songe, dans l'étreinte amoureuse, la méditation, l'extase, et surtout dans la mort qui rejette le corps, support de la pesanteur, et qui anéantit le temps.

Nous nous représentons la liberté et le plaisir comme légers, la douleur comme lourde. La liberté est maîtresse du temps, qui fuit en elle, insensiblement, et qui s'étire dans les moments de captivité. Le plaisir fait que les heures s'envolent; dans la souffrance, elles deviennent interminables. »

- Ernst Jünger, La cabane dans la vigne, journal 1945-1948, Christian Bourgeois éditeur, 2014, p. 496