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L'Esprit enchaîné et le chameau contrariant

Comme l'explique Alexandra David-Néel en reformulant l'enseignement de Saraha, grand maître du bouddhisme tantrique (mahāmudrā) du IXe siècle : « Quand l'esprit est retenu lié, il s’efforce de vagabonder dans les dix directions. Lorsqu’il est laissé libre, il demeure immobile. J’ai compris qu’il était un animal contrariant, comme le chameau. » – Alexandra David-Néel,  Initiations lamaïques , Éditions Adyar, 1re éd. 1952, rééd. 1999, p. 249

Le quatre-vingt-quatrième problème

Un jour, un fermier alla voir le Bouddha pour lui parler de ses problèmes. Il décrivit ses difficultés : combien son travail était compliqué, tant à cause de la sécheresse que de la mousson. Il parla au Bouddha de son épouse : il l’aimait, mais il y avait certaines choses chez elle qu’il aurait bien voulu changer. Même refrain en ce qui concernait ses enfants : oui, il les aimait, mais ils n’évoluaient pas comme il l’aurait souhaité. Quand il eut fini, il demanda comment le Bouddha pouvait l’aider à résoudre ses soucis.

Le Bouddha répondit : « Je suis désolé, mais je ne peux pas vous aider.

– Comment est-ce possible ? s’écria le fermier. Vous êtes censé être un grand maître !

– Je vais vous expliquer, répondit le Bouddha. Tous les êtres humains ont quatre-vingt-trois problèmes, c’est un fait. Bien sûr, certains problèmes disparaissent de temps en temps, mais bien vite, d’autres les remplacent. Nous aurons donc toujours quatre-vingt-trois problèmes.

– À quoi sert donc votre enseignement ? répliqua le fermier indigné.

– Mon enseignement ne peut pas alléger les quatre-vingt-trois problèmes, mais il est possible qu’il soulage le quatre-vingt-quatrième, répondit le Bouddha.

– Et quel est-il ? demanda le fermier.

– Le quatre-vingt-quatrième problème est que nous ne voulons pas avoir de problèmes. »

Citation puisée dans Ezra Bayda, Vivre le Zen, Marabout, 2014, p. 73-74