mardi 31 octobre 2017

Parabole tibétaine concernant la personne

« Une "personne" ressemble à une assemblée composée d’une quantité de membres. Dans cette assemblée, la discussion ne cesse jamais. Parfois, un de ses membres se lève, prononce un discours, préconise une action; ses collègues l’approuvent et il est décidé qu’il sera fait suivant ce qu’il a proposé. D’autres fois, plusieurs membres de l’assemblée se lèvent ensemble, proposent des choses différentes et chacun d’eux appuie ses propositions sur des raisons particulières. Il arrive que ces divergences d’opinions et la passion que chacun des orateurs apporte dans le débat, suscitent des querelles, de violentes querelles, même, au sein de l’assemblée. On en vient à se battre entre collègues.

Il advient, aussi, que certains membres de l’assemblée la quittent d'eux-mêmes; d’autres sont graduellement poussés au-dehors et d’autres, encore, sont expulsés, de force, par leurs collègues. Pendant ce temps, de nouveaux venus s’introduisent dans l’assemblée, soit en s’y glissant doucement, soit en enfonçant les portes.

On remarque, encore, que certains membres de l’assemblée dépérissent lentement; leur voix devient faible, on finit par ne plus l’entendre. Au contraire, d’autres qui étaient débiles et timides se fortifient et s’enhardissent; ils deviennent violents, vocifèrent leurs motions d’une voix tonitruante, ils font trembler leurs collègues, les dominent et finissent par s’instituer dictateurs.

Les membres de cette assemblée, ce sont les éléments physiques et mentaux qui constituent la "personne": ce sont nos instincts, nos tendances, nos idées, nos croyances, nos désirs, etc. Chacun de ceux-ci se trouve être, de par les causes qui l’ont engendré, le descendant et l’héritier de multiples lignes de causes, de multiples séries de phénomènes remontant loin dans le passé et dont les traces se perdent dans les profondeurs de l’éternité. »

C’est ainsi que les psychologues du Tibet expliquent les tendances contradictoires que nous éprouvons et, aussi, nos changements, graduels ou soudains, d’opinion et de conduite. »

– Extrait du livre d'Alexandra David-Néel, Le Bouddhisme du Bouddha, Éditions du Rocher, 1977, 1989, p. 316-317

jeudi 26 octobre 2017

Qu’est-ce que Zen?

« Ce n’est ni simplement une religion ni une philosophie : c’est quelque chose de plus : la Vie elle-même. Zen est une transmission spéciale (de conceptions et de méthodes) en dehors des Écritures canoniques, qui ne dépend point de textes. Ainsi que Bodhidharma l’a déclaré, Zen ne se soucie pas de disserter sur des notions abstraites telles que Dieu, la Vérité; ce que Zen demande au disciple, c’est de voir sa propre physionomie. »

– Extrait du livre d’Alexandra David-Néel, Le Bouddhisme du Bouddha, Éditions du Rocher, 1977, 1989, p. 306

« Il est à remarquer que le terme "zen", qui signifie "méditation" est devenu, dans l’usage courant, la dénomination de la doctrine professée par les disciples de Bodhidharma, un philosophe bouddhiste hindou qui se rendit en Chine vers l’an 520. »

mardi 24 octobre 2017

L’impermanence

« Le caractère transitoire n’est déprimant qu’à l’esprit qui s’entête à vouloir « saisir », mais pour celui qui se laisse aller au gré du courant, comme une balle dans un torrent de montagne, pour employer une métaphore du bouddhisme zen, la notion de l’éphémère ou de la vacuité devient une sorte d’extase. C’est peut-être pourquoi aussi, en Orient comme en Occident, l’impermanence est si souvent le thème de la poésie la plus profonde et la plus émouvante, si profonde et si émouvante que la splendeur du changement transparaît même lorsque le poète semble le regretter le plus vivement :

Demain, demain et encore demain,
Jour après jour sournoisement se faufile,
Jusqu’au dernier jour du temps irréversible,
Et tous nos jours enfuis montrèrent aux insensés
Le chemin de la mort. Éteinte, cette brève chandelle!
La vie n’est qu’une ombre éphémère, un pauvre acteur
Qui s’agite un moment sur la scène du temps
Pour disparaître ensuite : c’est une fable
Contée par un idiot, plein de verve et de rage,
Et qui ne signifie rien. »

– Extrait du livre d’Alan Watts, Le bouddhisme zen, Éditions Payot, c1960, 1969, 1982, 1991, p. 56-57

jeudi 19 octobre 2017

Credo bouddhique

« Toutes les formations (les agrégats) sont impermanentes. Il n’existe pas d’ego dans l’individu, il n’en existe en aucune chose. »

– Alexandra David-Néel, Le Bouddhisme du Bouddha, Éditions du Rocher, 1977, 1989, p. 290

mardi 17 octobre 2017

Assis paisiblement, sans rien faire

« Assis paisiblement, sans rien faire,
Le printemps vient, et l’herbe croît d’elle-même.

Ce « d’elle-même » est la façon d’agir naturelle de l’esprit et du monde, comme les yeux voient par eux-mêmes, comme les oreilles entendent par elles-mêmes, comme la bouche s’ouvre d’elle-même, sans que l’on ait à écarter les mâchoires de force. »

– Poème du Zenrin Kushu et commentaire d’Alan Watts, Le bouddhisme zen, Éditions Payot, c1960, 1969, 1982, 1991, p. 149-150

jeudi 12 octobre 2017

Clair-obscur



Photo : Chartrand Saint-Louis

mardi 10 octobre 2017

Devises d’Alexandra David-Néel

« Marche comme ton coeur te mène et selon le regard de tes yeux. »
(verset de la Bible)

« Soyez à vous-même votre propre lumière, soyez à vous-même votre propre refuge. »
(Dhammapada)

– Extrait du livre de Jean Chalon, Le lumineux destin d’Alexandra David-Néel, Paris : Librairie Académique Perrin, 1985, p. 28 et 64

jeudi 5 octobre 2017

L’esprit socialiste du bouddhisme

« L’esprit du bouddhisme est essentiellement socialiste, c’est-à-dire qu’il enseigne l’union d’actions combinées en vue d’une fin sociale. Il est totalement opposé à cet industrialisme avec sa lutte sans rémission, sans scrupule et sans pitié pour la richesse considérée comme l’objet suprême de l’effort humain, qui ronge les nations soi-disant à la tête du progrès… L’accumulation du capital entre les mains d’un petit nombre ne peut avoir aucune justification morale. »

– Lakshmi Narasu, L’Essence du bouddhisme, extrait du livre de Jean Chalon, Le lumineux destin d’Alexandra David-Néel, Paris : Librairie Académique Perrin, 1985, p. 184

mardi 3 octobre 2017

La connaissance de soi

« Refaites connaissance avec vous-même, apprenez à connaître ce que vous êtes réellement et abandonnez vos efforts hypocrites, votre manie insensée d’être autre chose que ce que vous êtes. »

– Max Stirner, L’Unique et sa propriété, extrait du livre de Jean Chalon, Le lumineux destin d’Alexandra David-Néel, Paris : Librairie Académique Perrin, 1985, p. 125