vendredi 31 octobre 2014

En route vers Compostelle

« En une journée, j'avais tout perdu : mes repères géographiques, la stupide dignité que pouvaient me conférer ma position sociale et mes titres. Cette expérience n'était pas la coquetterie d'un week-end mais bien un nouvel état, qui allait durer.
En même temps que j'en subissais l'inconfort et que je pressentais les souffrances qu'il me ferait endurer, j'éprouvais le bonheur de ce dépouillement. Je comprenais combien il était utile de tout perdre, pour retrouver l'essentiel. Ce premier soir, je mesurais la folie de l'entreprise autant que sa nécessité et je me dis que, tout bien considéré, j'avais bien fait de me mettre en route. » (p. 51)

« Compostelle est un pèlerinage bouddhiste. Il délivre des tourments de la pensée et du désir, il ôte toute vanité de l'esprit et toute souffrance du corps, il efface la rigide enveloppe qui entoure les choses et les sépare de notre conscience; il met le moi en résonance avec la nature. Comme toute initiation, elle pénètre dans l'esprit par le corps et il est difficile de la faire partager à ceux qui n'ont pas fait cette expérience. » (p. 169)

« Certains aspects du Chemin sont un peu plus durables : pour moi, ce fut surtout la philosophie de la mochila. Pendant plusieurs mois après mon retour, j'ai étendu la réflexion sur mes peurs à toute ma vie. J'ai examiné avec froideur ce que littéralement je porte sur le dos. J'ai éliminé beaucoup d'objets, de projets, de contraintes. J'ai essayé de m'alléger et de pouvoir soulever avec moins d'efforts la mochila de mon existence. » (p. 256)

- Jean-Christophe RUFIN, Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi, Chamonix : Éditions Guérin, 2013.

Je crois qu'il vous plairait de lire ce récit truffé d’anecdotes, de clins d’œil amusants, de descriptions du Chemin et des pèlerins.
De la France, il y a deux principaux chemins vers Compostelle : le Chemin français, par les Pyrénées, départ de Saint-Jean-Pied-de-Port, et le Chemin du nord, le moins fréquenté, le moins direct, qui longe les côtes basques, celui que l’auteur privilégia.
Lorsque l'auteur parle de la philosophie de la mochila (qui veut dire « sac à dos », en français), il fait référence à l'approche des adeptes de la « marche ultralégère » (MUL), pour qui « le poids, c'est de la peur. » « L'essentiel consiste à méditer sur la notion de charge et, au-delà, sur le besoin, sur l'objet, sur l'angoisse qui s'attache à la possession. » (p. 219)
En lisant ce récit de voyage, l'on saisit un peu mieux ce qui amène les gens à s'élancer sur les chemins de Compostelle. De nombreuses personnes sont attirées par les valeurs de dépouillement, d'union avec la nature et d'épanouissement de soi, mais leur démarche vise bien souvent à s'extraire du carcan d’un boulot trop prenant, d’un mariage trop bien ficelé, d’une vie trop à la course ou trop peu satisfaisante. Le Chemin invite aux changements et favorise la prise de conscience.

dimanche 26 octobre 2014

L'ermitage

« Je vais enfin savoir si j'ai une vie intérieure. » (p. 36)

« Pourquoi les hommes adorent-ils davantage les chimères abstraites que la beauté des cristaux de neige ? » (p. 38)

« Le froid, le silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus chers que l'or. » (p. 41)

« L'essentiel ? Ne pas peser trop à la surface du globe. » (p. 43)

« La sobriété de l'ermite est de ne pas s'encombrer d'objets, ni de semblables. De se déshabituer de ses anciens besoins. » (p. 50)

« Le luxe de l'ermite, c'est la beauté. Son regard, où qu'il le pose, découvre une absolue splendeur. » (p. 50)

« L'ermite est moins drôle, moins vif, moins incisif, moins mondain, moins rapide que son cousin des villes. Il gagne en poésie ce qu'il perd en agilité. » (p. 66)

« Il est bon de n'avoir pas à alimenter une conversation. » (p. 74)

« L'imprévu de l'ermite sont ses pensées. Elles seules rompent le cours des heures identiques. Il faut rêver pour se surprendre. » (p. 81)

« Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l'espace à profusion et de la solitude. Il faut ajouter la maîtrise du temps, le silence total, l'âpreté de la vie et le côtoiement de la splendeur géographique. L'équation de ces conquêtes mène en cabane. » (p. 101)

« Aujourd'hui, je n'ai nui à aucun être vivant de cette planète. » (p. 117)

« Si l'on m'apportait dans l'instant un journal plein de nouvelles, je considérerais cela comme un tremblement de terre. » (p. 128)

« Je n'ai rien à voir avec ce système, pas même assez pour m'y opposer. » (Walt Whitman) (p. 130)

« L'ermitage resserre les ambitions aux proportions du possible. En rétrécissant la panoplie des actions, on augmente la profondeur de chaque expérience. » (p. 147)

« Un ermite ne menace pas la société des hommes. Tout juste en incarne-t-il la critique. » (p. 162)

« L'ermite se tient à l'écart, dans un refus poli. Il ressemble au convive qui, d'un geste doux, refuse le plat. » (p. 162)

« L'ermite ne s'oppose pas, il épouse un mode de vie. Il ne dénonce pas un mensonge, il cherche une vérité. » (p. 162)

« Avoir peu à faire entraîne à porter attention à toute chose. » (p. 181)

« On dispose de tout ce qu'il faut lorsque l'on organise sa vie autour de l'idée de ne rien posséder. » (p. 191)

« Les idéologies, comme les chiens, restent au seuil de la porte des ermitages. » (p. 208)

« L'ermite accepte de ne plus rien peser dans la marche du monde, de ne compter pour rien dans la chaîne des causalités. Ses pensées ne modèleront pas le cours des choses, n'influenceront personne. Ses actes ne signifieront rien. (Peut-être sera-t-il encore l'objet de quelques souvenirs.) Qu'elle est légère, cette pensée ! » (p. 216)

« Faut-il à tout prix gagner les bois si l'on refuse son temps ? On peut trouver silence dans ses voûtes intérieures. » (p. 218)

« Au fond des bois, si le monde reste morne et l'entourage insupportable, c'est un verdict : vous ne vous supportez pas ! » (p. 225)

« La vie en cabane est un papier de verre. Elle décape l'âme, met l'être à nu, ensauvage l'esprit et embroussaille le corps, mais elle déploie au fond du coeur des papilles aussi sensibles que les spores. L'ermite gagne en douceur ce qu'il perd en civilité. » (p. 277)

« S'il veut garantir sa santé mentale, un anachorète jeté sur un rivage doit habiter l'instant. Qu'il commence à échafauder des plans, il versera dans la folie. Le présent, camisole de protection contre les sirènes de l'avenir. » (p. 277)

« Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane où quelque chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre. » (p. 288)

- Extraits du livre de Sylvain TESSON, Dans les forêts de Sibérie, Gallimard, 2011.

Le fabuleux récit d'un ermitage de six mois dans une cabane en Sibérie (février à juillet 2010). L’auteur a tenu un journal qui fourmille d’intéressantes réflexions sur l'ermitage, avec de belles descriptions de ses journées (occupations, rencontres) et des lieux. Aussi, des citations tout à fait appropriées sur la vie d'ermite.

mercredi 15 octobre 2014

Verdun (Montréal)

À Verdun, par un bel après-midi d'automne, j'ai parcouru un beau sentier et vu un joli parc au bord du fleuve Saint-Laurent, près de la marina. J'ai déniché une charmante librairie sur la rue Wellington et la cuisine du restaurant turc SU était tout simplement exquise. Cet arrondissement de la ville de Montréal m'a agréablement surpris. C'est une belle découverte.



Photos: Chartrand Saint-Louis

mardi 14 octobre 2014

Cairns

Par couches, l’être
s’édifie, se trouvant, las,
si seul, au sommet
Chartrand Saint-Louis

Si vous désirez lire d'autres haïkus sur ce thème, consultez ce livre numérique feuilletable : Projet Cairns (projet initié par Jean-Louis MILLET).

samedi 11 octobre 2014

À la mémoire de Louise


Photo: Chartrand Saint-Louis

Ma chère madame Louise, ma très chère amie, a quitté ce monde le 17 août 2014. Louise aimait la nature, les fleurs, les oiseaux, les papillons, les nuages, la forêt, l'eau. Elle les dessinait admirablement bien. Ses phrases poétiques accompagnaient joliment chacun de ses dessins. Elle se réfugiait souvent dans sa cabane, soit pour lire ou dessiner ou tout simplement pour vivre en paix. La tristesse de son départ s’atténue pour faire place aux souvenirs heureux et au bonheur d'avoir été l'amie de celle qui se dénommait affectueusement « Loul ».

mercredi 1 octobre 2014

Le majestueux fjord du Saguenay



Photos: Chartrand Saint-Louis

Croisière Fjord du Saguenay (Sainte-Rose-du-Nord à L'Anse Saint-Jean), le 29 septembre 2014