vendredi 22 novembre 2013

La gêne

« La gêne est un étrange défaut du centre de gravité : n'est capable de l'éprouver qu'une personne dont le noyau est demeuré flottant. Les êtres solidement centrés ne comprennent pas de quoi il s'agit. La gêne suppose une hypertrophie de la perception de l'autre, d'où la politesse des gens gênés, qui ne vivent qu'en fonction d'autrui. Le paradoxe de la gêne est qu'elle crée un malaise à partir de la déférence que l'autre inspire. »
– Amélie NOTHOMB, La nostalgie heureuse*, Paris : Albin Michel, 2013, p. 128

* Voir le documentaire qui relate ce qu'elle décrit dans La nostalgie heureuse : son récent séjour au Japon avec l'équipe de tournage de l'émission « Empreintes » de France 5 : Amélie Nothomb, une vie entre deux eaux.

Amélie Nothomb a écrit quatre romans sur le Japon : Métaphysique des tubes (sa toute petite enfance, son état végétatif, sa nounou), Ni d’Ève ni d’Adam (son fiancé, le sentiment amoureux), Stupeur et tremblements (sa terrifiante expérience dans l’entreprise japonaise, une armée en somme, dont on a fait une excellente adaptation au cinéma) et ce tout dernier roman, La nostalgie heureuse, récit de ce voyage sous un angle introspectif.

dimanche 10 novembre 2013

Va, Tosca (Te Deum)

Scarpia, interprété magnifiquement par le baryton géorgien George Gagnidze,
révèle son intention de séduire Tosca, alors que le Te Deum commence.
Fin du premier acte de la Tosca de Puccini.

mercredi 6 novembre 2013

Nouveau Wallander

Henning Mankell récidive avec la « série Kurt Wallander ». Le titre de ce nouveau recueil de nouvelles: « La faille souterraine et autres enquêtes ». Maintenant l'écrivain place le récit tout au début, avant que Kurt Wallander devienne un célèbre inspecteur dans « Meurtriers sans visages », le 8 janvier 1990.

Quand il entre en scène, il a 23 ans, il est nouvellement policier, il vient de faire la rencontre de Mona, où déjà pointent les difficultés relationnelles, il quitte Malmö pour Ystad, Mariagatan, et il fait ses premiers pas, déjà remarquables, comme inspecteur, ce qui l'amène à intégrer rapidement la brigade criminelle.

Ce nouveau Wallander, ce sont quatre bonnes enquêtes qui, bien qu’il se mêle une impression de « déjà lu », nous rendent assez contents de retrouver Wallander, ses coéquipiers, son vieux père, les familiers, la Scanie.

Voici quelques extraits des célèbres cogitations de l'inspecteur Wallander, réflexions que lui inspire son mentor Rydberg :

« Comment s’y prend-on pour trouver ce qu’on voit sans le voir ? »

« On doit apprendre à réfléchir méthodiquement. Ça veut dire lentement. »

« On doit savoir quand il faut s’arrêter. C’est peut-être le plus important de tout. »

« On doit toujours se demander ce qui est le plus important. Voilà la question décisive. Où est le centre ? Le noyau ? »

« Tu dois apprendre à te servir de tes yeux. »

« Il faut avancer lentement, méthodiquement, sans précipitation. Il faut partir de ce que nous savons avec un degré de certitude plutôt élevé. Ce que nous ignorons, ou dont nous ne sommes pas sûrs – ces éléments-là attendront le temps qu’il faudra. »

« C’est toujours plus facile de cerner quelqu’un une fois qu’on a entendu sa voix. »

« Qu’avait-il appris ? Comment fallait-il se comporter dans une situation pareille ? Garder son calme. Aucun mouvement brusque, aucune déclaration provocante. Parler calmement, un flux continu, sans heurts ni interruptions. Patience et amabilité. Si possible, engager un échange. Ne pas perdre son sang-froid. Surtout ça. Perdre son sang-froid revenait à perdre le contrôle de la situation. »

« Il avait la sensation de savoir sans savoir. »

« Pourquoi as-tu lâché le morceau ? Ça ne fait jamais de mal de laisser les gens réfléchir un peu. »

« Retourner ses arguments dans tous les sens et aborder les problèmes sous un angle inattendu. »

« Quand on mange, il faut penser à ce qu’on a dans son assiette et à rien d’autre. Après, on a le cerveau aéré comme une maison restée longtemps fermée et dont on aurait ouvert les fenêtres. »

« Quand on creuse, d’habitude, on avance. »

« Qu’est-ce donc que je ne vois pas ? »

« Il fallait tout vérifier. »

« On va trouver ce qu’on ne savait pas qu’on cherchait. »

– Henning MANKELL, La faille souterraine et autres enquêtes, Paris : Éditions du Seuil, 2012.

dimanche 3 novembre 2013

Proverbes kurdes

« Une bonne réputation vaut tous les sacrifices. Conserve la tienne intacte à n’importe quel prix. »

« Toi qui confies au passant la chair de ton âme, tu te repentiras. »

« Redoutez l’eau dormante, elle est plus dangereuse que l’eau vive. »

« Suffis-toi à toi-même et tu seras considéré. »

« La racine peut devenir palme. Notre ennemi ne sera jamais notre ami. »

« Dans une maison pleine d’enfants, le diable n’entre pas. »

« Ne t’inquiète pas de la femme que tu vas prendre, mais connais bien sa famille. »

« L’hôte est un envoyé de Dieu. »

« L’ami est l’ami, mais le frère nous est cher. »

« Ne crains pas de t’enquérir de ce que tu ignores. »

« Agis ou n’agis pas, mais écarte de toi la crainte. »

« Oublie ta bonne action, Dieu, lui, s’en souviendra. »

« Le doigt long peut manger du miel. »
(L’homme qui travaille réussira)

« Le renard bavard se laisse toujours prendre au piège. »

« Je mange mon pain sec et je ne bois que de l’eau, mais je ne dois rien à personne. »

« Les gouttes amoncelées finissent par former un lac. »

« Nul animal ne court plus vite que la gazelle, mais jamais elle ne mange plus que ses besoins. »

« Les têtes sont nombreuses, mais bien rare est la tête sur laquelle on peut s’appuyer. »

« Il n’y a pas plus malin que le renard, et pourtant les marchés regorgent de sa peau. »

– Lucie PAUL-MARGUERITE ET et L’Ermir KAMURAN BEDIR KHAN, Proverbes kurdes, Paris : Éditions Berger-Levrault, 1937.