mercredi 25 septembre 2013

Principes de base pour rater complètement sa vie

Dans un livre rempli d’humour et d’observations fines, Dominique Noguez énumère 43 principes de base pour rater complètement sa vie. Le procédé est drôlement efficace. Impossible de ne pas reconnaître quelques-uns de ses travers. Et si l’être humain était l’artisan de son propre malheur !? On ne peut qu’en prendre conscience en lisant ces principes de base, dont voici un résumé :

1- Plaignez-vous tout le temps
Plaignez-vous. Plaignez-vous de tout. Plaignez-vous tout le temps. Vous vous rendrez insupportable aux autres, même les mieux disposés à votre égard. Et vous alimenterez votre propre mal-être.
2- Faites le vide autour de vous
Restez plonger le plus longtemps possible à l’extérieur dans un environnement désagréable, à l’intérieur dans une profonde morosité. La fameuse « basse continue » ! Travaillez les relations avec autrui avec un seul objectif : les supprimer toutes.
3- Rien à foutre des autres
Évitez les rencontres. Ne faites aucun effort. Si vous ne pouvez échapper au contact avec les autres, soyez renfrogné, grincheux, râleur, voire asocial. Si cela ne suffit pas, contre-attaquez : devenez un téléphoneur intarissable, surtout la nuit et le dimanche, soyez un infatigable quémandeur de petits services. Sachez harceler. Devenez collant.
4- Trouvez-vous des boucs émissaires
Si quelque chose ne va pas, n’hésitez pas à vous en prendre à autrui. C’est certainement de sa faute.
5- Faites à autrui ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse
Vous serez ainsi dans la guerre perpétuelle. Conjuguer avec le principe no. 1, c’est l’une des recettes les plus efficaces pour atteindre l’infarctus dès la quarantaine et, en attendant, connaître une vie vraiment infernale.
6- Pratiquez la loi du talion
Loin de dompter la violence, la raison se met à son service. Par haine de la cruauté se précipiter dans la cruauté.
7- Donnez-vous toujours raison
N’acceptez aucune critique ; ne vous amendez pas. N’écoutez aucun conseil, n’acceptez aucune leçon, tenez nulle l’expérience d’autrui.
8- Ressassez
Exténuant surplace qu’on appelle ressassement. Reconstituez intérieurement la scène, refaites cent fois le geste que vous avez fait et que vous n’auriez pas dû faire. Commentez autour de vous en gémissant. Mieux : parlez tout seul dans la rue. Laissez échapper de vos lèvres tordues par l’angoisse des bribes de phrases incohérentes.
9- Ne tirez jamais la leçon d’un échec
Et refaites les mêmes erreurs. Il y a une belle promesse de malheur, principalement en amour.
10- Soyez un donneur de leçons impénitent
Ne pas tirer pour vous la leçon d’un échec ne vous empêche nullement de la tirer pour autrui. Sur la base du principe bien connu : « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ».
11- Sentez-vous au-dessus des lois
12- Choisissez la facilité
13- Choisissez la difficulté
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Pourquoi faire dans la joie ce qu’on peut faire dans la peine ? Soyez lourd, besogneux, torturé.
14- Respectez scrupuleusement les lois
Les accès de vertu restent d’une grande efficacité pour devenir rapidement un objet de sarcasmes. On vous rira au nez et on en profitera pour vous gruger.
15- Ne cédez jamais
Restez accroché à votre sac ou votre sacoche si quelque « centaure » à l’arrière d’une moto l’a happé(e) au passage.
16- Ne tenez pas votre langue
Confiez-vous à l’un, confiez-vous à l’autre, et ayez la surprise de constater ensuite les dégâts de ce « trop de caquet ».
17- Dites ce que vous pensez
18- Mêlez-vous de ce qui ne vous regarde pas
Mettez partout votre grain de sel. Intervenez dans les disputes et les bagarres.
19- Soyez là où il ne faut pas (et inversement)
Réveil qui ne sonne pas, erreurs de parcours, oubli de descendre au bon arrêt, jonctions ratées.
20- Cherchez à savoir ce qu’on pense de vous
Obsession d’autrui. Savoir ce que les autres pensent vraiment de vous est une façon assurée de connaître l’amertume et la désillusion.
21- Interprétez tout de travers
Le mieux est de devenir paranoïaque. C’est le moyen le plus sûr qu’on ait trouvé de se rendre malheureux tout seul. Il consiste en deux exagérations juxtaposées : 1) l’idée qu’il y a du sens partout ; 2) celle que ce sens nous est hostile. Un autre petit délire : prendre tout au pied de la lettre.
22- Prenez tout à cœur
Prenez tout au sérieux. Rendez-vous malade pour des babioles, des détails, des riens. Interdisez-vous absolument tous ces exorcismes que sont l’humour et l’indifférence réelle ou feinte.
23- Souffrez de la bêtise des autres
Sentez peser sur vous la lourdeur de toute la terre.
24- Rompez l’andouille au genou
Formule qui désigne toutes les maladresses, toutes les erreurs de méthode.
25- Portez le pavé de l’ours
Occupez-vous d’autrui à son insu et tout de travers. Croyez lui faire plaisir alors que vous le contrariez.
26- Jetez-vous dans la gueule de tous les loups
Alors même que vous subodorez un piège, une arnaque, un coup fourré, précipitez-vous-y.
27- Précipitez-vous et soyez péremptoire
Ne doutez jamais. Foncez dans tous les panneaux tête baissée, sans répit, sans recul. Voyez trop vite et parlez trop fort.
28- Gardez le cap
S’il fait laid à droite, foncez à droite. Allez jusqu’au bout de votre programme ou de vos intuitions. Sûr de votre coup, ne prévoyez jamais d’alternative. En cas d’échec, vous échouerez doublement.
29- Soyez huileux
Ayez de l’entregent, soyez sociable. Mais alors, à fond : soyez d’une complaisance sans borne, d’une souplesse écœurante. Cela peut vous valoir paradoxalement bien des inimitiés.
30- Soyez incapable d’une décision
À toujours écouter les autres et à vouloir être dans leurs petits papiers, on finit en girouette. Vous hésiterez en tout, serez incapable de la moindre décision. L’heure fatale vous surprendra engourdi et bâillant. Ou plutôt paralysé et bientôt mort de faim, comme l’âne de Jean Buridan, tiraillé entre le seau d’eau et le picotin d’avoine.
31- Soyez soupe au lait
Énervez-vous souvent. Au sens d’engueuler lourdement ceux qui le méritent et surtout ceux qui ne le méritent pas ; bref, au sens de passer vos nerfs sur eux. Vous énerverez les autres. Ils réagiront. Vous accroîtrez de façon non négligeable vos chances de trépasser d’un coup sec (rupture d’anévrisme, infarctus, syncope).
32- Soyez un jeune emmerdeur puis un vieux con
En gros, manquer d’indulgence.
33- Faites ce que vous dites
Soyez conséquent. C’est la chose la plus imprudente quoique l’une des plus difficiles au monde. Une humanité soudain cohérente avec elle-même, quelle épouvantable pagaille, quel chaos !
34- Désirez
Désirons comme des bêtes, d’un désir jamais assouvi. Jusqu’à en hurler. Comme des chiens errants.
35- Ne désirez pas
Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. Or nous ne voulons pas le bonheur, n’est-ce pas ? Alors adieu désir !
36- Ne vous intéressez à rien, ne faites rien, ne soyez bon à rien
Ainsi traînerez-vous une existence parfaitement inutile et, pour peu qu’une bonne dépression vous le rappelle de façon lancinante, parfaitement méprisable.
37- Travaillez sans méthode, agitez-vous en tout sens
Ne lisez pas le Discours de la méthode et autres libelles à la gloire du bon sens - c’est-à-dire d’un usage immodéré de votre entendement.
38- Soyez inconséquent
C’est le meilleur moyen de cumuler les désagréments.
39- Ne passez jamais à l’acte
Ne finissez jamais une œuvre. Et même ne la commencez pas. Restez-en au rêve. N’exécutez jamais. Gardez les mains propres.
40- Ne reprenez jamais souffle
Laissez-vous enchifrener l’esprit par cent tracas. Ne cherchez jamais à sérier ou à isoler les problèmes, bref à cloisonner. Ne vous arrêtez jamais pour reprendre vos esprits, ne changez jamais de registre. Laissez-vous bouffer. Dilapidez votre bien le plus précieux : votre temps, ne gardant pour votre vie personnelle que les restes, les déchets.
41- Laissez-vous déborder
Remettez à demain ce que vous pouvez faire le jour même et après-demain ce que vous pourriez faire demain. Bref, remettez toujours. Laissez les retards s’accumuler.
42- Ne faites pas de l’avenir un allié
Interdisez-vous toute perspective d’avenir.
43- Rongez-vous bien les sangs
Faites en sorte que l’étymologie soit vraie, que penser soit peser, moins au sens transitif (chercher à connaître le poids des choses) qu’au sens intransitif (être lourd, très lourd). Un brouhaha intérieur, presque d’une migraine, avec un rien d’angoisse. Rongez-vous bien les sangs. Et même les ongles.

– Dominique NOGUEZ, Comment rater complètement sa vie en onze leçons, Paris : Payot & Rivages, c2002, 234 p.

jeudi 19 septembre 2013

La marche

« La route travaille pour vous. »

« La marche est inutile, comme toutes les activités essentielles. Superflue et gratuite, elle ne mène à rien sinon à soi-même après d'innombrables détours. »

« La marche est l'irruption du jeu dans la vie quotidienne. »

« Elle est une résistance à ces impératifs du monde contemporain qui élaguent le goût de vivre. »

« Un marcheur est un homme ou une femme qui se sent passionnément vivant et n'oublie jamais que la condition humaine est d'abord une condition corporelle, et que la jouissance du monde est celle de la chair, et d'une possibilité de se mouvoir, de s'extraire de ses routines. »

« Le chemin n'est jamais interrompu tant qu'il reste le désir d'être porté par lui. »

« Sortir de chez soi pour s'ouvrir à la déambulation amène un changement radical d'humeur. »

« Ce qui importe ce n'est pas le chemin, mais ce que le marcheur en fait. »

« La marche est ce moment où la présence au monde redevient une forme de spiritualité. »

« La marche est un lieu de réconciliation avec le monde. »

« Marcher, c’est retrouver son chemin. »

« Marcher, c’est avoir les pieds sur terre au sens physique et moral du terme, c’est-à-dire être de plain-pied dans son existence. »

« Les premières heures d’une marche amènent à un allégement des soucis, à une libération de la pensée moins encline à la rumination et plus sollicitée par une recherche de solution du fait de l’ouverture à l’espace qui semble élargir le regard sur les choses. »

« La marche est confrontation à l’élémentaire. »

« La marche procure une distance propice avec le monde, une disponibilité à l’instant, plonge dans un état diffus de méditation, sollicite une pleine sensorialité. »

« La marche n’élimine pas la source de la tension, mais elle la met à distance, favorise les solutions. »

« Ni la durée d’une marche, ni son cadre ne sont la condition de sa puissance de transformation intérieure, elle dépend surtout de ce que l’individu lui-même fait de ce temps de disponibilité, d’ouverture, ce temps qui n’appartient qu’à lui, où il importe de savoir qui l’on est et où l’on va. »

« Le deuil se fait souvent en marchant dans la solitude, le silence, l’immensité du ciel ou du paysage. »

« Sa force est de nourrir le goût de vivre dans une simplicité essentielle. »

« Tout chemin est d’abord enfoui en soi avant de se décliner sous les pas. Il mène à soi avant de mener à une destination particulière. Et parfois, il ouvre enfin la porte étroite qui aboutit à la transformation heureuse de soi. »

– David LE BRETON, Marcher : éloge des chemins et de la lenteur, Paris : Métailié, 2012.

mercredi 11 septembre 2013

Thoreau (Walden)

« Seul point le jour auquel nous sommes éveillés. »

« Chaque matin était une invitation joyeuse à égaler en simplicité, je pourrais dire en innocence, la nature elle-même. »

« Simplifiez, simplifiez !»

« Un homme est riche en proportion du nombre de choses dont il peut se permettre de se priver. »

« Il y a de nombreuses belles choses que nous ne pouvons pas dire si nous avons à crier. »

« Nos inventions ne sont en général que de jolis jouets, qui détournent notre attention des choses sérieuses. »

« Quand un homme ne marche pas du même pas que ses compagnons, c'est peut-être parce qu'il entend un autre tambour. Laissez-le marcher suivant la musique qu'il entend, quelle que soit sa mesure, aussi lointaine soit-elle. »

« La majorité des hommes mène une vie de tranquille désespoir. Un désespoir stéréotypé, mais inconscient se dissimule même sous ce que nous appelons les jeux et les divertissements de l'espèce humaine. Nul plaisir en eux, car ils viennent après le travail. »

« Notre vie se gaspille en détails. »

« Il est malaisé de se procurer comme de préparer une nourriture assez simple et assez propre pour ne pas offenser l'imagination; mais cette dernière, je crois, est à nourrir lorsqu'on nourrit le corps; l'un et l'autre devraient s'asseoir à la même table. »

« Pour celui dont la pensée élastique et vigoureuse marche de pair avec le soleil, le jour est un éternel matin. »

« Grâce à mon expérience, j'appris au moins que si l'on avance hardiment dans la direction de ses rêves, et s'efforce de vivre la vie qu'on s'est imaginée, on sera payé de succès inattendus en temps ordinaire. »

– Henry David THOREAU, Walden ou la vie dans les bois, Paris : Gallimard, 1990, c1922.

mardi 3 septembre 2013

Parc du Bic (Rimouski)

Un paradis pour les amants de la faune et de la flore, pour les géologues aussi, pour tous ceux et celles qui goûtent la vue du Fleuve Saint-Laurent, qui hument avec plaisir l’odeur du varech et aiment voir les phoques se prélasser au soleil (que l'on peut apercevoir de la Ferme Rioux).

Un magnifique endroit pour les randonneurs et cyclistes, car le parc du Bic est parsemé de sentiers et de points de vue sensationnels, comme le Pic Champlain.

Il y a même une maison de thé, La rose des thés, dans la maison Lyman, cadre et vue enchanteurs.

Le parc inspire le respect et le calme. C’est un lieu où je reviens souvent, mon lieu de pèlerinage, comme je me plais à le dire.





Photos: Chartrand Saint-Louis