dimanche 18 janvier 2015

Réflexions sur l’isolement (Dostoïevski)

« Chacun cherche à présent à isoler le plus possible son moi, on veut éprouver en soi-même la plénitude de la vie, et pourtant, au lieu d’atteindre cette plénitude, tous ces efforts n’aboutissent qu’à un suicide total, car au lieu d’une pleine affirmation de l’individu, on tombe dans une solitude complète. Car tous, de nos jours, se sont fractionnés en unités, chacun se retire dans son trou, chacun s’écarte des autres, se cache et cache ce qu’il possède, et chacun finit par repousser ses semblables et par être repoussé par eux. On amasse solitairement des biens et l’on pense : comme je suis fort maintenant et comme je suis à l’abri, mais il ignore, l’insensé, que plus il amasse, plus il s’enfonce dans une impuissance qui équivaut au suicide. Car il est habitué à ne compter que sur lui-même et, en tant qu’unité, il s’est détaché de la collectivité, il a accoutumé son âme à ne pas croire à l’entraide, aux hommes et à l’humanité, et il tremble seulement à l’idée de perdre sa fortune et les droits acquis. Partout le cerveau des hommes cesse aujourd’hui ironiquement de comprendre que la véritable garantie de la personne réside non dans un effort personnel isolé, mais dans la solidarité des hommes. »
– Fédor DOSTOÏEVSKI, Les Frères Karamazov ; traduction d’Élisabeth Guertik, Paris: Le Livre de Poche « Classiques », c1879-1880 (1994), p. 349

vendredi 16 janvier 2015

À quoi avons-nous réduit ce monde!

« C'est un monde si beau, avec ses ravisssantes collines, ses montagnes merveilleuses et ses formidables rivières. Après trois mille ans de souffrance humaine, de lutte entre les hommes, d'obéissance, de soumission, d'entre-déchirement, voilà à quoi nous l'avons réduit : une masse confuse d'êtres humains sauvages et irréfléchis qui ne prennent pas soin de la terre, ni de ses splendeurs, ni de la beauté d'un lac, d'une mare ou de la rivière rapide et bondissante; personne ne semble s'en soucier. Nous ne nous intéressons qu'à nos petits moi, nos petits problèmes et ceci après trois ou cinq mille ans de prétendue culture. »
- Krishamurti, La flamme de l'attention, Éditions du Rocher, 1987, p. 62

lundi 12 janvier 2015

Types humains et événements historiques

« Le caractère des types humains sur lesquels reposent les événements historiques, grosso modo, est composé suivant la recette que voici: un quart d'intelligence technique, un quart de bêtise, un quart de bonhomie et un quart de brutalité — si l'on ne connaît pas ce mélange, les contradictions de l'époque restent à jamais incompréhensibles. »
- Ernst JÜNGER, La cabane dans la vigne, journal 1945-1948, Christian Bourgeois éditeur, 2014, p. 141

mercredi 7 janvier 2015

Recours aux solitudes

« Heureusement, il y a encore les jardins, les forêts, les livres, les solitudes. »
- Ernst JÜNGER, La cabane dans la vigne, journal 1945-1948, Christian Bourgeois éditeur, 2014, p. 257