vendredi 22 juin 2018

Le dépassement des opposés

« Une autre forme sous laquelle s’exprime le Zen est la négation des opposés. L’important est de ne pas être « pris » dans l’une des « quatre propositions » suivantes : 1) « Cela est A »; 2) « Cela n’est pas A »; 3) « C’est à la fois A et non-A »; et 4) « Ce n’est ni A ni non-A ». Lorsque nous faisons une négation ou une assertion, nous sommes certains d’entrer dans l’une de ces formules logiques. Tant que l’intellect doit suivre l’ornière du dualisme, c’est inévitable. Mais le Zen estime que la vérité peut être atteinte lorsqu’elle n’est ni affirmée ni niée. Tel est bien le dilemme de la vie, mais les maîtres du Zen insistent toujours pour l’esquiver. »

– Daisetz Teitaro Suzuki, Essais sur le bouddhisme zen, séries I, II et III, traduits sous la direction de Jean Herbert, Paris : Albin Michel, 1972, p. 324-325

lundi 18 juin 2018

L'économie circulaire

« On vit aujourd’hui dans un système économique linéaire qui a fait son temps. On extrait des ressources avec lesquelles on fabrique des produits que l’on jette ensuite aux ordures. L’humanité génère une quantité de déchets et de pollution qui excède la capacité de la nature à les absorber. (…) Les conséquences de ses excès comprennent les changements climatiques, les extinctions d’espèces et l’accumulation de polluants organiques persistants, dans la faune et les écosystèmes de toutes les latitudes. Pour ne rien arranger, la population mondiale augmente en flèche et devrait atteindre 9 milliards en 2050. (…) En ces circonstances, l’urgence de rompre avec l’économie linéaire devrait sauter aux yeux.

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Heureusement, la nature est porteuse d’un modèle remarquable à partir duquel on peut repenser l’économie. Dans un système vivant, le déchet d’une espèce est l’aliment d’une autre espèce. La matière est recyclée à l’infini : c’est une caractéristique fondamentale de la durabilité.

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L’économie circulaire part du principe selon lequel la Terre est un espace fini : les ressources non renouvelables comme les combustibles fossiles et les minerais existent en quantité limitée, les écosystèmes produisent des ressources renouvelables, tels les poissons et les forêts, en quantité limitée, et la capacité de la planète à assimiler les déchets, surestimée par l’humanité à ses risques et périls, a aussi ses limites.

Contrairement à l’économie linéaire actuelle, une économie circulaire recycle les matières à l’infini, repose sur les énergies renouvelables, minimise ou interdit l’usage de substances chimiques toxiques et ne génère ni pollution ni déchets, tout ceci grâce à une conception rigoureuse des biens. (…) Une telle redéfinition des biens et des processus apparente les ordures à de futures ressources tout en atténuant les impacts de l’économie sur l’environnement. »

– David R. Boyd, Environnement : les années optimistes, Éditions MultiMondes, 2016, p. 90-91

lundi 11 juin 2018

Le sort du Tibet

« Les événements du Tibet symbolisent le sort même de l’humanité. Sur une scène gigantesque nous assistons au combat entre deux mondes, combat qui – selon les spectateurs – peut être interprété comme un affrontement entre le passé et le futur, la stagnation et le progrès, la foi et la science, la superstition et la connaissance, ou encore comme une lutte entre la liberté spirituelle et le pouvoir matériel, entre la sagesse du coeur et le savoir cérébral, entre la dignité de l’individu humain et l’instinct grégaire de masses, entre la foi dans les hautes destinées de l’homme – aboutissement d’un développement intérieur – et la croyance en une prospérité matérielle due à un accroissement constant de la production des biens de consommation. »

– Lama Anagarika Govinda, Le Chemin des nuages blancs : pèlerinages d’un moine bouddhiste au Tibet, Paris : Albin Michel, 2008, p. 9 (coll. « Spiritualités vivantes »)