jeudi 28 décembre 2017

Le voleur d’un soir de lune

« Le voleur parti
N’a oublié qu’une chose
La lune à la fenêtre. »

– Ryôkan, extrait du livre : Contes Zen : Ryôkan, le moine au coeur d’enfant, traduction du japonais et composition par Claire S. Fontaine, Paris : Le Courrier du Livre, 2001, p. 182

mardi 26 décembre 2017

À la gloire d’un éventail blanc

« C’est dans la partie blanche de l’éventail
Là où rien n’est inscrit
Que gît le véritable sens
Les touches de rouge, de vert n’ont pas de signification
Là où rien n’est dessiné, tout est révélé
La fleur, la lune, et même une magnifique demeure. »

– Ryôkan, extrait du livre : Contes Zen : Ryôkan, le moine au coeur d’enfant, traduction du japonais et composition par Claire S. Fontaine, Paris : Le Courrier du Livre, 2001, p. 159

Commentaire : Pétri de l’esprit du Zen, ce poème nous dit que c’est à l’instant où il n’y a plus « rien », où tout objet d’attachement a disparu, que tout peut se révéler.

jeudi 21 décembre 2017

Paroles d’amour

« Quand l'on dit des paroles d'amour en présence d'êtres vivants, ce qui est le plus important, c'est de laisser surgir les mots d'amour qui se sont réfléchis au fond d'un coeur de compassion, vaste et généreux.

Les paroles d'amour peuvent augmenter si l'on aime les prononcer. Alors surgiront des mots d'amour inattendus et inconnus de nous. »

– Dôgen, Shôbôgenzô, extrait du livre : Contes Zen : Ryôkan, le moine au coeur d’enfant, traduction du japonais et composition par Claire S. Fontaine, Paris : Le Courrier du Livre, 2001, p. 55

mardi 19 décembre 2017

Les quatre états d’esprit zen

« Les quatre états fondamentaux de l'esprit zen dans sa perception des instants sans but de la vie.

Sabi, c’est la solitude dans le sens bouddhique du détachement, la conception des choses selon laquelle elles s’accomplissent « d’elles-mêmes » dans une miraculeuse spontanéité. Il s’y mêle la sensation de quiétude profonde et infinie qui accompagne une chute de neige durable, engloutissant tous les bruits dans des couches répétées de douceur.

Neige fondue qui tombe;
Insondable, infinie
Solitude.


Wabi, c’est le fait de reconnaître soudainement la fidèle « naturalité » des choses très ordinaires, en particulier lorsque l’incertitude du futur a momentanément freiné notre ambition, c’est peut-être l’état d’esprit exprimé par :

Désolation de l’hiver;
Dans la cuve d’eau de pluie,
Les moineaux se promènent.


Aware n’est ni exactement chagrin, ni exactement nostalgie dans le sens d’aspiration au retour d’un passé bien-aimé. C’est le moment critique entre l’instant où l’on perçoit avec tristesse et regret le caractère transitoire du monde, et l’instant où il apparaît comme la vraie forme du Grand Vide :

Le torrent se cache
dans les herbes
De l’automne qui s’en va.

Les feuilles qui tombent
S’amoncellent les unes sur les autres;
La pluie cingle la pluie.


Yugen est une sorte de mystère, le plus délicat à expliquer, et seuls les poèmes peuvent le traduire :

La mer s’assombrit;
Les voix des canards sauvages
Sont légèrement blanches.

Dans le brouillard épais,
Que crie-t-on
Entre colline et navire?

Une truite saute;
Des nuages passent
Dans le lit du torrent. »

– Extrait du livre d’Alan Watts, Le bouddhisme zen, Éditions Payot, c1960, 1969, 1982, 1991, p. 205-207

jeudi 14 décembre 2017

L’esprit mortifère

« L’esprit est le grand assassin du réel. »
maître tibétain

Commentaire d’Edgar Morin :

« Cette formule me semble très forte parce que je pense que l’esprit trahit toujours la réalité, la dénature, la transmute. C’est l’esprit qui nous sert à communiquer avec la réalité; mais en vérité, c’est ce qui nous empêche de la voir. Les idées trahissent ce qu’elles traitent, et, pourtant, nous en avons besoin. La formulation est forte parce qu’« assassin du réel », pour moi, c’est beau et c’est fort, cela va beaucoup plus loin que trahir la réalité : ça la tue. Je pense qu’il y a quelque chose de mortifère dans l’esprit. S’il se fait un système d’idées qu’il prend pour le monde, alors il mutile le monde sans savoir ce qu’il fait. »

– Edgar Morin, « L’Orient, notre refoulé : entretien avec Edgar Morin », dans L’Orient intérieur : la sagesse importée, sous la direction de Marc de Smedt, Paris : Éditions Autrement, 1985, p. 29-30

mardi 12 décembre 2017

Rien n’est à faire, tout est à défaire

« Quelque chose doit être vu et connu, une erreur dissipée, une « torche apportée dans les ténèbres ». Il faut que le monde illusoire contemplé dans le rêve s’écroule. »

– Alexandra Davie-Néel, « Attention ! », dans L’Orient intérieur : la sagesse importée, sous la direction de Marc de Smedt, Paris : Éditions Autrement, 1985, p. 75

jeudi 7 décembre 2017

Laisser aller l'esprit

« Au lieu de tenter de purifier ou de vider son esprit, il faut simplement le laisser aller, car l’esprit n’est pas un objet pouvant être saisi. Laisser aller l’esprit, c’est aussi donner libre cours aux séquences de pensées et d’impressions qui vont et viennent, sans les entraver, sans les retenir ni les orienter. »

– Hui Neng (637-713), Sixième Patriarche du Zen, extrait du livre d’Alan Watts, Le bouddhisme zen, Éditions Payot, c1960, 1969, 1982, 1991, p. 109

mardi 5 décembre 2017

Rien de spécial

« Avant d’étudier le Zen pendant trente années, je voyais les montagnes comme des montagnes et les eaux comme des eaux. Lorsque je parvins à une connaissance plus intime, je n’arrivais plus à voir les montagnes comme des montagnes et les eaux comme des eaux. Mais maintenant que j’ai pénétré la vraie substance, je suis en paix. Je recommence à voir les montagnes comme des montagnes et les eaux comme des eaux. »
– Ch’ing-yüan

« Je n’ai pas obtenu la moindre chose de l’Éveil incomparable, parfait, et c’est précisément pour cette raison qu’on l’appelle « Éveil incomparable, parfait ». »
– Bouddha dans Vajracchedika

– Extrait du livre d’Alan Watts, Le bouddhisme zen, Éditions Payot, c1960, 1969, 1982, 1991, p. 141