samedi 27 décembre 2014

«Adaptation» (2002) et l'orchidée fantôme

Je recommande de voir le film américain « Adaptation » (2002) de Spike Jonze avec Nicolas Cage et Meryl Streep. C'est un film inventif qui porte sur les difficultés d'adaptation d'un récit au cinéma, soit celui d'un voleur d'une orchidée rare et protégée, l'orchidée fantôme (dendrophylax lindenii), que l'on trouve dans les marais de la Floride, son habitat naturel. Cette orchidée est vraiment très belle et quelque peu étrange. Le récit au fondement de ce film est celui de la journaliste américaine Susan Orlean, Le voleur d'orchidées : Une histoire vraie, Paris : Balland, 1999.

mardi 16 décembre 2014

Pesanteur et temps

« La pesanteur et le temps sont liés par un rapport profond. Les horloges sont mues par des poids, et c'est même vrai du cadran solaire. Aussi l'effort pour suspendre le cours du temps est-il d'abord dirigé contre la pesanteur; l'esprit veut prendre son essor par-dessus le temps, en se dépouillant de la consciense écrasante de la pesanteur, en se libérant d'elle; dans l'ivresse, dans le songe, dans l'étreinte amoureuse, la méditation, l'extase, et surtout dans la mort qui rejette le corps, support de la pesanteur, et qui anéantit le temps.

Nous nous représentons la liberté et le plaisir comme légers, la douleur comme lourde. La liberté est maîtresse du temps, qui fuit en elle, insensiblement, et qui s'étire dans les moments de captivité. Le plaisir fait que les heures s'envolent; dans la souffrance, elles deviennent interminables. »

- Ernst JÜNGER, La cabane dans la vigne, journal 1945-1948, Christian Bourgeois éditeur, 2014, p. 496

dimanche 7 décembre 2014

Je marche parce que...

- c'est la moindre des choses lorsque l'on est un humain. Les homo sont devenus sapiens en se dressant. La sagesse nous est venue de la marche.

- un jour nous devrons nous y remettre ! Nous avons un peu oublié que la fête ne va pas durer. En cent ans, l'humanité a consommé la moitié des réserves estimées d'hydrocarbures. Dans trente ans, nous serons neuf milliards d'humains assoiffés de bien-être.

- c'est désuet. La marche me semble la plus agréable manière de s'afficher antimoderne et de refuser les diktats d'un monde soumis à la technique. Marcher, c'est célébrer la lenteur dans un monde qui s'agite; accepter l'ennui dans une société qui ne croit qu'au divertissement; s'adonner à un plaisir modeste dans un système où tout se paie ; se replier dans ses pensées dans le brouhaha ambiant ; chercher l'imprévu dans une nation guidée par le principe de précaution ; accueillir le local dans une humanité droguée par l'illusion de la globalité. Enfin, ne compter que sur soi. Flâner, courir les bois, se promener, musarder sont des actes de liberté, minuscules certes, mais qui appartiennent à celui qui les accomplit.

- cela me donne des idées. Marcher éclaircit l'esprit, favorise la mécanique de la pensée, libère du temps de cerveau disponible. L'agréable régularité de la foulée rassérène les êtres fébriles : le corps est occupé, l'esprit peut divaguer. Marcher, c'est donner à l'esprit l'occasion d'exercer son office.

- je marche pour demeurer maigre. L'ascèse physique est le miroir de l'ascèse spirituelle et si l'on veut alléger sa pensée, il faut se dégraisser le corps. La marche à pied affûte le corps et décape l'esprit. La marche est la diététique du mouvement. La marche à pied est un alambic qui distille les scories du corps. La route purge.

- la marche ralentit le temps. Parce que le marcheur médite pour échapper à l'ennui. Il mesure l'espace au rythmne de sa foulée. Le lent défilement du paysage auquel il s'intègre constitue une distraction. Il fait l'expérience d'un effort dont la halte du soir marquera le terme. Il sait que la patience est l'unique moyen de triompher de l'immensité. En chemin, demain n'existe pas; seules sont dignes d'intérêt les péripéties de l'instant. La marche consiste à retrouver le temps perdu.

- la marche me réconcilie avec la nature. Marcher est l'unique manière de voir. Qu'est-ce que voir ? Se donner la possibilité de changer d'échelle, de contempler avec une pareille attention des choses aussi différentes que la forme d'un nuage, les nuances de la lumière, la course d'un insecte et la révérence d'une corolle de fleur au vent du soir.

- les gens me parlent plus gentiment lorsque je vais à pied. Le marcheur ne fait pas peur : il est vulnérable, lent et fatigué. Il a des choses à raconter, il vient de loin, il ne s'attarde pas, il offre l'occasion d'une conversation et il repart. Le marcheur est le contraire du parasite, il passe sur la peau de la Terre, on le salue, on l'encourage, on lui jette quelques mots. Tout cela ne va pas bien loin et ne coûte à personne.

- c'est un jeu. Le jeu de l'oie géographique. L'oeil projette le corps et cherche à déchiffrer la voie. Plus tard, le corps confirmera si l'oeil a eu raison.

- marcher m'aide à conduire ma vie. Je dois à la marche de remettre régulièrement de l'ordre dans ma vie. Faites l'expérience : lorsque s'offrent à votre décision les termes d'une alternative, partez faire quelques kilomètres. Demandez à la marche de vous octroyer un peu de son pouvoir d'éclaircissement. Ne revenez pas chez vous avant d'avoir la réponse. Puisque une seule décision prélude à l'infléchissement de nos destins, autant qu'elle soit prise sur un chemin joli alors que la lumière illumine les eaux d'un canal, filtrée par le feuillage des peupliers bruissants...

- c'est romantique. J'aime méditer sur la figure du wanderer, cet archétype littéraire, mis en musique par Schubert, décrit par Hesse, peint par Friedrich. J'aime ce jeune homme battant campagne, sans espoir et sans but, la poésie aux lèvres, le coeur gonflé de joie triste. Il ne possède rien, il ne veut pas changer le monde mais faire la révolution en lui.

- cela ne laisse pas de traces. Et l'on oublie que certains êtres - les vagabonds, les trolls, les musiciens ambulants et les marcheurs au long cours - se satisfont de laisser dans leur sillage la simple empreinte de leurs pas que, bien vite, la vent et la pluie effaceront.

- je ne peux pas faire autrement, parce que je ne sais rien faire d'autre, parce que je ne suis bon qu'à ça, parce que les routes et les chemins ne sont pas faits pour les chiens et parce que l'évolution m'a doté de deux jambes... »

- Sylvain TESSON, « Je marche donc je suis » dans Géographie de l'instant, Éditions des Équateurs, 2012, c2014 (Pocket), p. 381 à 389 (extraits choisis)

dimanche 9 novembre 2014

OrchidFête 2014



Exposition internationale et vente d'orchidées
Cégep André-Laurendeau, LaSalle
18 octobre 2014

Photos: Chartrand Saint-Louis

vendredi 31 octobre 2014

En route vers Compostelle

« En une journée, j'avais tout perdu : mes repères géographiques, la stupide dignité que pouvaient me conférer ma position sociale et mes titres. Cette expérience n'était pas la coquetterie d'un week-end mais bien un nouvel état, qui allait durer.
En même temps que j'en subissais l'inconfort et que je pressentais les souffrances qu'il me ferait endurer, j'éprouvais le bonheur de ce dépouillement. Je comprenais combien il était utile de tout perdre, pour retrouver l'essentiel. Ce premier soir, je mesurais la folie de l'entreprise autant que sa nécessité et je me dis que, tout bien considéré, j'avais bien fait de me mettre en route. » (p. 51)

« Compostelle est un pèlerinage bouddhiste. Il délivre des tourments de la pensée et du désir, il ôte toute vanité de l'esprit et toute souffrance du corps, il efface la rigide enveloppe qui entoure les choses et les sépare de notre conscience; il met le moi en résonance avec la nature. Comme toute initiation, elle pénètre dans l'esprit par le corps et il est difficile de la faire partager à ceux qui n'ont pas fait cette expérience. » (p. 169)

« Certains aspects du Chemin sont un peu plus durables : pour moi, ce fut surtout la philosophie de la mochila. Pendant plusieurs mois après mon retour, j'ai étendu la réflexion sur mes peurs à toute ma vie. J'ai examiné avec froideur ce que littéralement je porte sur le dos. J'ai éliminé beaucoup d'objets, de projets, de contraintes. J'ai essayé de m'alléger et de pouvoir soulever avec moins d'efforts la mochila de mon existence. » (p. 256)

- Jean-Christophe RUFIN, Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi, Chamonix : Éditions Guérin, 2013.

Je crois qu'il vous plairait de lire ce récit truffé d’anecdotes, de clins d’œil amusants, de descriptions du Chemin et des pèlerins.
De la France, il y a deux principaux chemins vers Compostelle : le Chemin français, par les Pyrénées, départ de Saint-Jean-Pied-de-Port, et le Chemin du nord, le moins fréquenté, le moins direct, qui longe les côtes basques, celui que l’auteur privilégia.
Lorsque l'auteur parle de la philosophie de la mochila (qui veut dire « sac à dos », en français), il fait référence à l'approche des adeptes de la « marche ultralégère » (MUL), pour qui « le poids, c'est de la peur. » « L'essentiel consiste à méditer sur la notion de charge et, au-delà, sur le besoin, sur l'objet, sur l'angoisse qui s'attache à la possession. » (p. 219)
En lisant ce récit de voyage, l'on saisit un peu mieux ce qui amène les gens à s'élancer sur les chemins de Compostelle. De nombreuses personnes sont attirées par les valeurs de dépouillement, d'union avec la nature et d'épanouissement de soi, mais leur démarche vise bien souvent à s'extraire du carcan d’un boulot trop prenant, d’un mariage trop bien ficelé, d’une vie trop à la course ou trop peu satisfaisante. Le Chemin invite aux changements et favorise la prise de conscience.

dimanche 26 octobre 2014

L'ermitage

« Je vais enfin savoir si j'ai une vie intérieure. » (p. 36)

« Pourquoi les hommes adorent-ils davantage les chimères abstraites que la beauté des cristaux de neige ? » (p. 38)

« Le froid, le silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus chers que l'or. » (p. 41)

« L'essentiel ? Ne pas peser trop à la surface du globe. » (p. 43)

« La sobriété de l'ermite est de ne pas s'encombrer d'objets, ni de semblables. De se déshabituer de ses anciens besoins. » (p. 50)

« Le luxe de l'ermite, c'est la beauté. Son regard, où qu'il le pose, découvre une absolue splendeur. » (p. 50)

« L'ermite est moins drôle, moins vif, moins incisif, moins mondain, moins rapide que son cousin des villes. Il gagne en poésie ce qu'il perd en agilité. » (p. 66)

« Il est bon de n'avoir pas à alimenter une conversation. » (p. 74)

« L'imprévu de l'ermite sont ses pensées. Elles seules rompent le cours des heures identiques. Il faut rêver pour se surprendre. » (p. 81)

« Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l'espace à profusion et de la solitude. Il faut ajouter la maîtrise du temps, le silence total, l'âpreté de la vie et le côtoiement de la splendeur géographique. L'équation de ces conquêtes mène en cabane. » (p. 101)

« Aujourd'hui, je n'ai nui à aucun être vivant de cette planète. » (p. 117)

« Si l'on m'apportait dans l'instant un journal plein de nouvelles, je considérerais cela comme un tremblement de terre. » (p. 128)

« Je n'ai rien à voir avec ce système, pas même assez pour m'y opposer. » (Walt Whitman) (p. 130)

« L'ermitage resserre les ambitions aux proportions du possible. En rétrécissant la panoplie des actions, on augmente la profondeur de chaque expérience. » (p. 147)

« Un ermite ne menace pas la société des hommes. Tout juste en incarne-t-il la critique. » (p. 162)

« L'ermite se tient à l'écart, dans un refus poli. Il ressemble au convive qui, d'un geste doux, refuse le plat. » (p. 162)

« L'ermite ne s'oppose pas, il épouse un mode de vie. Il ne dénonce pas un mensonge, il cherche une vérité. » (p. 162)

« Avoir peu à faire entraîne à porter attention à toute chose. » (p. 181)

« On dispose de tout ce qu'il faut lorsque l'on organise sa vie autour de l'idée de ne rien posséder. » (p. 191)

« Les idéologies, comme les chiens, restent au seuil de la porte des ermitages. » (p. 208)

« L'ermite accepte de ne plus rien peser dans la marche du monde, de ne compter pour rien dans la chaîne des causalités. Ses pensées ne modèleront pas le cours des choses, n'influenceront personne. Ses actes ne signifieront rien. (Peut-être sera-t-il encore l'objet de quelques souvenirs.) Qu'elle est légère, cette pensée ! » (p. 216)

« Faut-il à tout prix gagner les bois si l'on refuse son temps ? On peut trouver silence dans ses voûtes intérieures. » (p. 218)

« Au fond des bois, si le monde reste morne et l'entourage insupportable, c'est un verdict : vous ne vous supportez pas ! » (p. 225)

« La vie en cabane est un papier de verre. Elle décape l'âme, met l'être à nu, ensauvage l'esprit et embroussaille le corps, mais elle déploie au fond du coeur des papilles aussi sensibles que les spores. L'ermite gagne en douceur ce qu'il perd en civilité. » (p. 277)

« S'il veut garantir sa santé mentale, un anachorète jeté sur un rivage doit habiter l'instant. Qu'il commence à échafauder des plans, il versera dans la folie. Le présent, camisole de protection contre les sirènes de l'avenir. » (p. 277)

« Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane où quelque chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre. » (p. 288)

- Extraits du livre de Sylvain TESSON, Dans les forêts de Sibérie, Gallimard, 2011.

Le fabuleux récit d'un ermitage de six mois dans une cabane en Sibérie (février à juillet 2010). L’auteur a tenu un journal qui fourmille d’intéressantes réflexions sur l'ermitage, avec de belles descriptions de ses journées (occupations, rencontres) et des lieux. Aussi, des citations tout à fait appropriées sur la vie d'ermite.

mercredi 15 octobre 2014

Verdun (Montréal)

À Verdun, par un bel après-midi d'automne, j'ai parcouru un beau sentier et vu un joli parc au bord du fleuve Saint-Laurent, près de la marina. J'ai déniché une charmante librairie sur la rue Wellington et la cuisine du restaurant turc SU était tout simplement exquise. Cet arrondissement de la ville de Montréal m'a agréablement surpris. C'est une belle découverte.



Photos: Chartrand Saint-Louis

mardi 14 octobre 2014

Cairns

Par couches, l’être
s’édifie, se trouvant, las,
si seul, au sommet
Chartrand Saint-Louis

Si vous désirez lire d'autres haïkus sur ce thème, consultez ce livre numérique feuilletable : Projet Cairns (projet initié par Jean-Louis MILLET).

samedi 11 octobre 2014

À la mémoire de Louise


Photo: Chartrand Saint-Louis

Ma chère madame Louise, ma très chère amie, a quitté ce monde le 17 août 2014. Louise aimait la nature, les fleurs, les oiseaux, les papillons, les nuages, la forêt, l'eau. Elle les dessinait admirablement bien. Ses phrases poétiques accompagnaient joliment chacun de ses dessins. Elle se réfugiait souvent dans sa cabane, soit pour lire ou dessiner ou tout simplement pour vivre en paix. La tristesse de son départ s’atténue pour faire place aux souvenirs heureux et au bonheur d'avoir été l'amie de celle qui se dénommait affectueusement « Loul ».

mercredi 1 octobre 2014

Le majestueux fjord du Saguenay



Photos: Chartrand Saint-Louis

Croisière Fjord du Saguenay (Sainte-Rose-du-Nord à L'Anse Saint-Jean), le 29 septembre 2014

dimanche 7 septembre 2014

L’invariable milieu selon Confucius

« La perfection est la loi du ciel, et la perfection est la loi de l’homme.

Le commandement du ciel s’appelle la nature raisonnable ; si nous nous y conformons et réglons nos actions selon les exigences de cette nature raisonnable, nous sommes sur la bonne voie.

Ce qui est conféré par le ciel est appelé la nature ; l’accord avec cette nature est appelé le chemin du devoir ; le règlement de ce chemin est appelé l’instruction. Ce chemin ne doit pas être quitté un seul instant. S’il pouvait être quitté ce ne serait pas le chemin de la voie droite.

L’homme supérieur ne doit pas attendre de voir les choses pour être prudent, ni de les entendre pour être craintif ... Il n’y a rien de plus visible que ce qui est secret, et rien de plus manifeste que ce qui est petit. C’est pourquoi l’homme supérieur se surveille lui-même quand il est seul.

Tant qu’il n’a pas été agité par le plaisir, la colère, la tristesse ou la joie, l’esprit se trouve en état d’équilibre. Mais lorsque ces sentiments ont été éveillés et agissent comme ils se doivent, ils engendrent ce qu’on peut appeler l’état d’harmonie. L’équilibre est la racine dont sortent toutes les actions humaines dans le monde et l’harmonie est le chemin universel qu’elles doivent suivre.

Je sais pourquoi la voie du milieu n’est pas suivie : les hommes instruits la dépassent et les ignorants ne l’atteignent pas. Je sais pourquoi la voie du milieu n’est pas comprise : les hommes vertueux vont au-delà, et ceux qui sont sans valeur ne l’atteignent pas.

(...)

Lorsque nous avons l’intelligence qui résulte de la sincérité, cette condition doit être attribuée à la nature ; lorsque nous avons la sincérité qui résulte de l’intelligence, cette condition doit être attribuée à l’instruction.

(...)

L’homme sage agi avant de parler et parle ensuite selon qu’il a agi.

Étudier sans penser est un travail perdu ; penser sans étudier est dangereux.

Se dominer soi-même et observer les convenances est la vertu parfaite.

(...)

Le sage donne une attention spéciale à neuf choses. Il s’applique à bien voir ce qu’il regarde, à bien entendre ce qu’il écoute ; il a soin d’avoir l’air affable, d’avoir une tenue irréprochable, d’être sincère dans ses paroles, d’être diligent dans ses actions ; dans ses doutes, il a soin d’interroger ; lorsqu’il est mécontent, il pense aux suites de la colère ; en face d’un bien à obtenir, il consulte la justice.

(...)

Ce que je ne veux pas que les autres me fassent, je ne veux pas le faire aux autres.

(...)

Ne manquez pas d’égards envers les jeunes car d’eux peuvent sortir les sages des générations futures.

Celui qui arrive à l’âge de quarante ans et reste méchant est incorrigible. »

- Denis HUISMAN et Marie-Agnès MALFRAY, Les plus grands textes de la philosophie orientale ; préface de Alain Peyrefitte. Paris : Albin Michel, 1992, 469 p.

dimanche 10 août 2014

Éloge de l’âge (Christian Combaz)

« La seule attitude digne face à l’échéance est celle que l’on adopte dans une salle d’attente, quand on n’a pas le cœur de lire une revue. Elle consiste à regarder devant soi calmement. » (p. 16)

« La vieillesse est un âge où, par bonheur, la fatigue des cellules vous délivre de mille soucis ennuyeux : séduire, conquérir, écraser ses adversaires, exercer un pouvoir, promouvoir la vérité sont de moins en moins nécessaire. On s’en lasse. On n’est plus très sûr que le pouvoir soit amusant, ni que la vérité soit bonne à dire. » (p. 41)

« Contraindre les vieillards à participer à notre agitation le plus longtemps possible, jusqu’à la limite de leurs forces, c’est avoir une très haute idée du jeu qu’on leur propose. Il est d’usage de prétendre que rien ne vaut la vie, mais après tout qu’en savons-nous ? Ceux qui l’ont vécue si longtemps ne sont-ils pas mieux placés que nous pour en juger ? » (p. 44)

« La pauvreté d’un homme n’est jamais telle, dans l’âge adulte, qu’il doive perdre son nom. À l’hospice, c’est le cas. La personnalité du pensionnaire est si menacée, par l’institution et par le groupe, qu’il développe des réflexes maladifs de défense dont la plupart n’ont rien à voir avec ce qu’on pourrait appeler le gâtisme et ressortissent plutôt de la névrose concentrationnaire. » (p. 47)

« Grâce à Dieu, ces temps d’obscurantisme social sont révolus. Désormais, il y a un deuxième salaire à la maison, les enfants vont à la crèche, on passe le mois d’août au bord de la mer, on change de voiture l’année prochaine et grand-mère est dans une maison de retraite où l’on s’occupe très bien d’elle. » (p. 49)

« L’idée selon laquelle le bonheur passe par la recherche d’un commerce, d’une distraction de l’individu par le groupe doit être réprouvée. Elle est idiote. Elle est dangereuse. Elle est cause que les gens ignorent pourquoi ils vivent et pourquoi ils vont mourir. Elle les jette aveuglément dans la recherche des plaisirs grégaires de l’existence, et quand, par malheur, ils ne sont plus capables d’y avoir part, leur solitude les accable, parce qu’ils n’ont jamais appris à l’apprivoiser, ni d’ailleurs à reconnaître celle de l’autre. Au reste, ils ne savent pas ce que signifie vraiment la solitude humaine et croient que la leur est unique. » (p. 54)

« La vieillesse marque les retrouvailles de chaque homme avec lui. Le propre de l’enfant est d’acquérir la notion de la solitude, le propre du vieillard, de la retrouver. De là vient que ces deux âges de la vie sont si proches et si naturellement voués l’un à l’autre. Hélas, désormais les enfants sont privés de vieillesse et les vieux sevrés d’enfance. » (p. 69)

« Il est devenu insupportable à la plupart d’entre nous de songer que nous sommes promis à n’être plus, un jour ou l’autre, qu’un regard suspendu au bord du vide. » (p. 69)

« Le regard du vieillard témoigne d’une solitude et d’une gravité qui nous gênent. L’attention qu’il porte à ce qui l’entoure n’est pas forcément craintive ni malheureuse, mais elle est empreinte d’une distance qui inquiète. Elle irrite en tout cas les adultes, parce qu’ils sentent que, par comparaison, l’échelle de leur propre perception est étroite et insuffisante. » (p. 70)

« C’est dans l’apprentissage de cette distance que réside la plus solide vertu de la vieillesse. Redevenir seul au monde. » (p. 70)

« Il y a mille façons d’entrer en contemplation. L’une des moins répandues, contrairement à ce qu’on croit, est d’entrer en religion. La plus courante est de vieillir. Elle est à la portée de chacun. » (p.71)

« Si les vieux étaient plus aimés et moins suivis, ils garderaient cet humour qui les honore. Ils sont faits mieux que personne pour se moquer de tout et d’eux-mêmes avec détachement, puisque tout - et parfois eux-mêmes, se détache d’eux. » (p. 75)

« Ainsi disparaît peu à peu l’un des charmes les plus délicieux de la vieillesse qui consiste à plaisanter de la vie. Elle préfère s’en plaindre. » (p. 76)

« La référence au jugement de quelqu’un qui n’est plus dans la course et se trouve donc capable non seulement de neutralité mais d’indulgence, le pouvoir de distinguer en permanence ce qui est important de ce qui ne l’est pas, la faculté du pardon et de la distance nous manquent ; et ce manque nous empoisonne. Nous devrions placer nos vieux sur la chaise de l’arbitre, au lieu de quoi nous ne leur laissons que le choix entre jouer avec nous ou disparaître. » (p. 78)

« Grâce à eux, nous pourrions concevoir la vertu des notions que l’on retrouve dans la plupart des religions asiatiques, et dont, par un fait curieux, les nôtres ne font pas grand cas : le vide, l’immobilité, le silence, la solitude, le cycle de la naissance et de la mort dans la nature, tout cela leur est familier. » (p. 79)

« En vérité, l’Occident est en train de s’infliger la vieillesse la plus bête du monde. » (p. 83)

« Ceux qui ne prennent pas la vie pour un grand jeu, ceux qui n’achètent pas de costumes clairs, ne vont pas au cours de danse et ne s’abonnent pas aux magazines de la « retraite active », enfin les vieillards dont l’existence n’est pas encore gouvernée par les préceptes modernes, illustrent à leur manière humblement un paradoxe : comment se fait-il qu’à restreindre de bon gré les dimensions de son univers, le nombre de ses gestes et presque celui de ses pensées, l’homme diminué, immobile et reclus soit souvent plus libre et heureux que l’homme qui s’agite ? » (p. 84)

« Si la communication connaît de nos jours une fortune extraordinaire, c’est à raison même de notre infirmité devant la solitude (qu’elle contribue d’ailleurs à aggraver sans cesse). Nous ne savons pas rester seuls. » (p. 92)

« Il est commun de prétendre que les hommes meurent plus tôt que les femmes parce qu’ils boivent davantage ou fument trop de cigarettes. On peut se demander plutôt s’ils ne meurent pas de s’être définis par l’accessoire : leur travail, leur position de chef de bureau, leur aptitude à « communiquer » en réunion, etc. La société les prive un jour de ces babioles, qui leur permettaient de nourrir non seulement leur famille, mais aussi, et surtout leur orgueil. Ils ne sont plus personne. Quand on n’est plus personne, on disparaît. » (p. 94)

« Il ne s’agit plus de prévenir la vieillesse puisqu’elle est là, mais de l’ignorer. Les candidats à l’amnésie sont nombreux... » (p. 96-97)

« Il aimait à dire que tous les hommes sont locataires par nature. » (p. 98)

« L’hindouisme divise les périodes les plus vastes de l’histoire de l’Univers, appelés kalpas, en périodes plus brèves, les yugas. Nous serions en ce moment plongés dans le dernier des quatre yugas du cycle où nous vivons, appelée yuga de Kali, qui doit s’achever par la destruction de ce qui nous est familier. Or, parmi les signes de décadence qui annoncent le désastre futur, figure ceci que « les vieillards, privés de la vraie sagesse de leur grand âge, essaient de se comporter comme les jeunes ». Si vraiment, il s’agit là d’un signe indiscutable de la fin des temps, on est en droit de nourrir quelque inquiétude pour l’immédiat. Il est peut-être l’heure d’aller peupler les forêts. » (p. 103-104)

« Nombre de vieillards se complaisent au récit des mille manières dont ils ont promené leur bracelet-montre. À mon avis, ils devraient plutôt regarder l’heure. » (p. 111)

« Je déplore que nous leur infligions notre névrose de l’agitation au lieu d’aller nous asseoir auprès d’eux. » (p. 112)

« L’homme vieux. Le grand âge se manifeste justement chez lui par la révélation inopinée de ces vertus féminines ; car la vieillesse n’est pas seulement le temps de la noble indifférence, il est aussi celui de l’indifférenciation. » (p. 114)

« Ceux qui trouvaient l’oubli par le travail retrouvent la mémoire. » (p. 120)

« Peut-être n’a-t-on pas très bien mesuré la différence qui existe entre le détachement et le renoncement. Un retraité peut bien renoncer à tout, s’il n’est pas détaché, il reste le plus malheureux des hommes. Mais s’il n’est attaché à rien, il tire profit de tout. » (p. 126)

- Christian COMBAZ, Éloge de l’âge, Paris : Fayard, 2000, c1987, 196 p.

mercredi 23 juillet 2014

Temps de vie (Jean-Louis Servan-Schreiber)

« Ne cherchons pas ailleurs les raisons de fond du sentiment du manque de temps : nos envies se sont accrues beaucoup plus vite que le temps dont nous disposons. »
Jean-Louis Servan-Schreiber, L’art du temps

Tout le monde le sait, le temps de travail prend tout notre temps. S’il permet d’épanouir une partie essentielle de nous-mêmes, il ne comble pas tout, loin de là. Il existe bien d'autres domaines où nous pouvons nous réaliser personnellement. Jean-Louis Servan-Schreiber en dresse une liste dans son livre sur L’art du temps. Il s'agit d'une liste subjective et schématique (énumération sans hiérarchie) d’une quinzaine de temps variés. Je vous les donne à lire.

Temps du corps
L’entretenir, l’entraîner, le soigner, se rendre compte qu’il peut nous donner de réelles satisfactions si on se consacre un peu à lui.

Temps des loisirs
Cinéma, télévision, concerts ou théâtre : quand sommes-nous spectateurs ? Dîners, réceptions, manifestations diverses : y trouverons-nous plaisir ? Jeux, sports (à voir, à faire) : savons-nous nous amuser ? Et la fête ?

Temps du plaisir
Le mot est pris là dans le sens de sensualité. A-t-elle dans notre vie la place et le temps qu’elle mérite ? Restons-nous en deçà de nos fantasmes ?

Temps de la consommation
Faire des courses, sans mauvaise conscience et sans presse. Pouvoir ensuite bricoler, manipuler, ranger, bref, profiter des objets que nous faisons entrer dans notre vie.

Temps des voyages
La découverte, l’aventure ou, tout simplement, le dépaysement et les vacances. Être ailleurs nous transforme, nous aère, mais prend beaucoup de temps. En avons-nous assez ?

Temps du repos
Avons-nous notre compte d’heures de sommeil, de moments de récupération, de weekends désencombrés ? Ou bien tirons-nous des chèques sur notre santé ?

Temps de l’amour
Une relation réussie, c’est tout à fait absorbant. On n’a pas encore mis la tendresse en pilule ni l’intimité en fiches. Le temps semble bien être à l’amour ce que le soleil est aux plantes. L’ensoleillement est-il suffisant ?

Temps des autres
L’amitié ne se porte plus très bien de nos jours. Avec tout ce qu’il y a à faire, il faut bien, n’est-ce pas, sacrifier quelque chose. Vous y êtes-vous résigné ? Les autres, cela peut être aussi votre (vos) communauté(s), à laquelle vous aimeriez participer davantage, ou quelque projet généreux. Quand ?

Temps de la famille
Cérémonies, expéditions ou câlins collectifs, nos parents comme nos enfants voudraient bien un bout de notre temps. Ils l’expriment avec reproche ou pudeur. Et nous, n’en avons-nous pas aussi besoin qu’eux ?

Temps de la lecture
Les journaux effleurés, les livres à peine entamés nous font honte et envie. Quand nous passons devant une librairie, nous détournons les yeux pour ne pas raviver le remords. Sommes-nous résignés à vivre idiots ?

Temps de développement
Les jeunes arrivent, ils parlent des langues étrangères et chatouillent les ordinateurs. Même un adulte, c’est légal, a le droit de continuer à apprendre. Nous savons, n’est-ce pas, que nous en sommes encore capables. Mais c’est long.

Temps de la création
Nos métiers sont trop souvent prévisibles et répétitifs. Rares sont ceux où l’on peut s’exprimer. Chacun aimerait savoir si un musicien, un auteur, un peintre ou un inventeur cohabite dans la même peau que soi.

Temps de la méditation
La beauté, la voie lactée, la nature ou le zen nous « interpellent quelque part ». La vie passe comme un T.G.V. et nous ne savons toujours pas ce que nous faisons là. L’interrogation métaphysique ou poétique revient, paraît-il, très fort. Si nous osions, nous irions peut-être y voir.

Temps de la régression
Depuis combien de temps ne nous sommes-nous pas roulés par terre avec des animaux ou des enfants ? Savons-nous encore faire la bête, le pitre ou chanter à tue-tête ? Il y aura toujours en nous un gosse qui va nous jouer des tours s’il ne lui est jamais permis de montrer le bout de son nez.

Temps de la solitude
Hormis en voyage professionnel, dans le cadre inspirant d’un Novotel ou d’un Holiday Inn, quand profitons-nous de la solitude ? Comment saurons-nous ce que nous avons à nous dire si nous ne nous rencontrons jamais en tête-à-tête ? Peu d’entre nous ont envie de vivre en solitaires, mais qui n’aimerait enfin être un peu seul ?

- Jean-Louis SERVAN-SCHREIBER, L’art du temps : essai d’action, Paris : Fayard, 1985, pp. 109-110 (extraits), 159 p.

Du même auteur : Le nouvel art du temps : contre le stress, Paris : Le livre de poche, 2002, 248 p.

dimanche 6 juillet 2014

Gestes simples pour réduire la présence des polluants dans nos maisons

Au cours des 50 dernières années, l’industrie chimique a inventé quelques 75 000 nouvelles substances. Un lien est établi entre les troubles chroniques et la présence des produits chimiques dans nos environnements.

Voici quelques gestes simples pour limiter la pollution dans nos maisons :

- Laissez nos chaussures à la porte (c’est dans la seule saleté accumulée sur nos souliers qu’une grande partie des pesticides entrent dans nos maisons ; par la même occasion, on élimine des centaines d’heures d’entretien) ;

- Identifiez les fruits et légumes qui contiennent le moins de pesticides (dont les bananes, le maïs, les avocats et les oignons ; au contraire, les pommes, les fraises et les pommes de terre en contiennent le plus) ;

- Utilisez des produits de nettoyage sans phosphate. Sur l’étiquette, cherchez l’Éco-logo qui certifie que le nettoyant respecte les critères du programme Choix environnemental ;

- Aérez les maisons, ouvrez les fenêtres pendant quelques minutes, en toute saison, afin de libérer l’humidité et les polluants qui se trouvent à l’intérieur ;

- Le bicarbonate de soude (la « p’tite vache ») est un produit naturel, non toxique et qui ne pollue pas l’environnement. Il a plusieurs usages : il dissout facilement les saletés et la graisse lorsqu’on le mélange à l’eau. Si on ne le dissout pas complètement, sa texture granuleuse agit comme un abrasif qui fait disparaître les plus grosses saletés. Il s’avère très efficace pour absorber les mauvaises odeurs ;

- L’eau de javel élimine les taches, blanchit les vêtements, désinfecte ou désodorise une pièce. Il a cependant un coût environnemental très élevé : le chlore qu’elle contient se combine avec des molécules organiques pour former des organochlorés. Tantôt cancérigènes, tantôt mutagènes, ces organochlorés peuvent entrer dans la chaîne alimentaire et nuire aux écosystèmes. Choisissez plutôt des produits de remplacement sans chlore (ou sans javel).

Sources:

Geet Éthier, Marc, Zéro toxique : pourquoi et comment se protéger, Éditions du Trécarré, 2005.

Guide du consommateur responsable : le pouvoir de nos choix, Collection Protégez-vous, Les éditions Protégez-vous, en partenariat avec Équiterre, Avril 2004.

mardi 1 juillet 2014

Pollution mentale

« Avant de rêver de partir faire des expériences dans un vrai désert, il serait bon d'apprendre à filtrer le bruit qui nous vient de l'extérieur, en particulier des informations à sensation véhiculées par les médias. Il y a là une pollution mentale considérable; j'espère que cette notion de pollution mentale émergera très prochainement dans le public, de même que sont ressorties les notions de pollution sonore ou de diminution de la couche d'ozone. Je ne pense pas qu'il y ait lieu de faire de notre « intérieur » un désert; en revanche, on peut en faire un parc naturel, où notre propre nature peut être protégée et se développer elle-même à l'abri de l'invasion désordonnée d'éléments extérieurs. »

- Jacques Vigne, Marcher, méditer, Paris: Albin Michel, 1998, auteur additionnel: Michel Jourdan (coll. Espaces libres), p. 184

jeudi 19 juin 2014

Préceptes de la vie sobre

- Ne boire et ne manger que ce qu’on peut digérer;
- S’habituer à ce que l’appétit ne soit jamais entièrement rassasié;
- Se lever de table alors qu’on pourrait encore boire et manger;
- S’abstenir de ce qu’on digère mal;
- Ne s’exposer ni au froid ni au chaud;
- Ne point se priver de soleil;
- User modérément des plaisirs amoureux;
- Ne pas se laisser abattre par les deuils;
- S’observer et consigner quotidiennement ces observations sur sa santé.

« La sobriété purifie les sens; elle donne légèreté au corps, vivacité à l'intelligence, ténacité à la mémoire, souplesse aux mouvements, promptitude et régularité à l'action. »

- Extraits de la préface d’Antoine de Baecque et du livre de Luigi CORNARO, Longue vie, bonne santé : Les conseils d’un centenaire, Paris : Petite bibliothèque Payot, 2014 (collection «Santé», no 973), p. 16-17, 64.

vendredi 13 juin 2014

Euphorismes de Grégoire (Grégoire Lacroix)

« Il y a des gens modestes et qui tiennent absolument à ce que cela se sache. » (3)

« Le seul temps vraiment perdu est celui qu’on passe à regretter les occasions manquées. » (10)

« Quand on est équivoque dans le paradoxal, on évite peut-être la contradiction, mais on n’échappe pas à une certaine ambiguïté. » (25)

« Moins on en sait mieux on colporte. » (27)

« Quand on voit ce qui est advenu du passé on comprend vite que le présent a peu d’avenir. » (32)

« Le dernier d’une course arrive quand même avant le premier de la course suivante. » (45)

« L’amour c’est comme le jazz : c’est n’importe quoi, mais pas n’importe comment. » (55)

« Il faut se laisser dépasser par les événements, ça permet de les voir de dos. » (71)

« L’amour que l’on ressent ne donne aucun droit, celui que l’on ressent aucun devoir. » (89)

« Avec l’âge on renonce à bien des choses dont on aurait pu se passer beaucoup plus tôt. » (96)

« Ce que femme veut, Dieu le veut, d’où mon athéisme. » (120)

« Le stress n’est que la soumission avouée à des contraintes non choisies. » (130)

« Certains pensent qu’il suffit d’avoir mauvais caractère pour avoir du caractère, comme s’il suffisait d’avoir mauvaise haleine pour avoir du souffle ! » (147)

« Il y a des gens tellement égocentriques que, fermant les yeux, ils croient que le monde s’est éteint. » (157)

« Le plus court chemin du plaisir au bonheur passe par la tendresse. » (160)

« "Problème de couple" est un pléonasme, il suffit de dire "Je fais partie d’un couple". » (136)

« Il suffit parfois de faire semblant d’avoir du courage pour s’en découvrir vraiment. Dommage que ça ne marche pas pour l’intelligence. » (169)

« Aimer mon prochain comme moi-même serait lui faire un trop beau cadeau. » (172)

« Je ne jette jamais la première pierre, mais avec la deuxième je m’applique. » (173)

« Ce n’est pas grave d’être en retard, quand on va dans la mauvaise direction. » (199)

« Les arbres, personne ne leur dit "Je t’aime", ils poussent quand même. » (203)

« On peut être excessif dans la recherche du juste milieu. » (211)

« Quoi qu’en pensent les bavards, le silence n’est pas une langue morte. » (212)

« De même qu’une fausse alerte peut déclencher une vraie panique, un faux problème peut entraîner de véritables complications. » (215)

« Celui qui a l’estime des autres pour seul carburant ira peut-être loin, mais pas dans la bonne direction. » (219)

« Le bonheur c’est comme Dieu, on ne le connaît que par ouï-dire. » (222)

« Je suis toujours de l’avis du dernier qui n’a rien dit. » (224)

« Absorbé par les recherches sur l’infiniment grand, puis l’infiniment petit, le scientifique a négligé, de façon coupable, le fantastique potentiel de l’infiniment moyen. » (227)

« L’erreur est humaine, soit ; mais il y en a qui poussent l’humanité vraiment trop loin. » (236)

« Une chose m’inquiète : si le Paradis a une porte, c’est qu’il y a des murs... » (238)

« Dieu a fait à l’homme un cadeau empoisonné : il lui a donné la conscience d’exister en même temps que la certitude qu’il ne saura jamais pourquoi. » (247)

« Se disent "maîtres à penser" ceux qui veulent nous empêcher de réfléchir. » (249)

« L’avantage de vivre en couple c’est que l’on a quelqu’un sous la main à qui l’on peut reprocher d’avoir été une entrave à des projets que l’on n’aurait de toutes façons pas réalisés. » (251)

« Il y a des choses que personne au monde ne fait mieux que moi : me pardonner mes faiblesses, par exemple. » (261)

« Tout le monde gagne à être connu, certes, mais il y a quand même pas mal de gagne-petit. » (282)

« Qui peut le plus, peut le moins qui, la plupart du temps, suffit largement. » (293)

« Il y a des raisonnement qui tombent sous le sens et ne s’en relèvent pas. » (309)

« Quand on a le courage de ne pas avoir d’opinion, il faut le dire de façon très ferme. » (340)

« Ceux pour qui "tout de suite" est déjà trop tard, confondent souvent dynamisme et agitation. » (345)

« En fait, les malentendus n’existeraient pas, s’il n’y avait pas tant de malentendants. » (346)

« Nous sommes la preuve vivant qu’hier n’était pas un jour sans lendemain. » (347)

« Le bonheur n’est pas une illusion. Sa simplicité apparente, si. » (349)

« Parfois, on se demande si Dieu n’a pas créé le Monde sur un coup de colère. » (352)

« Et si, au lieu de se décevoir mutuellement, on essayait de se mériter les uns les autres. » (365)

« Il n’y a d’exceptions valables que celles qui ne confirment pas la règle. » (388)

« Certains ne trouvent leur vie intéressante que lorsqu’ils la racontent. » (417)

« On commence à vieillir quand on a la nostalgie de moments qui n’ont jamais existé. » (423)

« Plus on est nombreux à penser la même chose, moins il vient à l’idée qu’on pourrait tous se tromper. » (430)

« Ceux qui comprennent à demi-mot, ne dorment que d’un oeil, n’écoutent que d’une oreille, et ne boivent que des demis, feraient bien de mener une double vie. » (451)

« Je me suis finalement dit mes quatre vérités ; mais je n’ai pas voulu me croire. » (456)

« Rien de plus encombrant que les gens qui ont toujours peur de déranger. » (467)

« Le poète est, comme tout homme, prisonnier de lui-même, mais il a su, lui, s’envoler avec la cage. » (486)

« On le croit profond, il n’est que malheureux. » (488)

« Ceux qui prétendent dire tout haut ce que les autres pensent tout bas feraient mieux de penser plus haut et de parler plus bas. » (522)

« Certains croient prendre leur envol alors qu’ils ne font que battre de l’aile. » (547)

« En général, ceux qui ne savent que suivre sont les premiers à critiquer l’itinéraire choisi. » (560)

« Les hommes sont tellement conditionnés par leur enfance qu’en fait, les psychiatres ne sont que des pédiatres rétroactifs... » (592)

« On a rarement une connaissance réelle de soi-même. C’est ce qui rend la vie supportable. » (601)

« On peut considérer que la situation est préoccupante quand le pire apparaît comme le moindre mal. » (607)

« Essayer de vouloir est plus difficile que vouloir essayer. » (625)

« Pour survivre dans le monde que nous vivons, une absence totale de rigueur s’impose. » (631)

« Si vous sentez que la vie vous abandonne, c’est qu’elle s’ennuie chez vous. » (636)

« Le meilleur résultat que puisse obtenir une révolution, c’est un changement de bourgeoisie. » (690)

« Certains croient qu’ils sont restés jeunes parce qu’ils ont des réactions infantiles face à des problèmes d’adultes. » (704)

« Il ne suffit pas de faire semblant pour faire illusion. » (744)

« C’est dans les moments difficiles que l’on regrette d’avoir refusé, par dédain, de qualifier d’heureuses ces périodes de la vie qu’une absence totale de problèmes faisait passer pour banales. » (760)

« Ce qu’il faut craindre ce n’est pas la mort mais l’envie de mourir. » (762)

« Chaque individu est unique et, là-dessus, j’ai la prétention d’être comme tout le monde. » (780)

« Deux individus cohabitent en moi : celui que je voulais être et celui que je suis devenu. Ils sont très différents ; par chance ils ont beaucoup d’estime l’un pour l’autre. » (782)

« Aimer, c’est grandir. » (809)

« Là où l’humour est partagé, l’amité n’est pas loin. » (835)

« Si vous avez la chance de, sans cesse, vous renouveler, surtout ne changez rien ! » (838)

« Un orgueil démesuré est souvent le fruit de complexes obscurs qui se fertilisent entre eux. » (839)

« L’humour est au mal de vivre ce que la rampe est à l’escalier. » (853)

« La vraie liberté, c’est quand personne ne vous attend. La vraie solitude, c’est quand vous attendez n’importe quoi. » (876)

- Grégoire LACROIX, Les Euphorismes de Grégoire ; préface de Pierre Perret, Paris : Max Milo, 2006, 128 p. (Recueil de 888 "euphorismes" (métaphysiques, provocants, ironiques, amoraux, prudents, absurdes, optimistes et positifs))

vendredi 30 mai 2014

Lettres à un jeune poète (Rainer-Maria Rilke)

Dix lettres que Rainer-Maria Rilke adresse à un jeune homme (Franz Xaver Kappus, cadet à l’École militaire) qui lui demande s’il doit consacrer sa vie à la poésie. Elles ont été écrites entre 1903 et 1908. Dans ce manuel de la vie créatrice, Rilke reprend les questions essentielles liées à l’acte de créer. Il insiste sur la nécessaire solitude du créateur, qui lui permet de voir clairement le monde. Il parle de simplicité et de l'importance de s’approcher de la nature. Pour Rilke, "créer, c’est d’abord se créer". Ces lettres établissent des règles de conduite pour ceux et celles qui aspirent à l’écriture et à l’exercice littéraire.

- Amour des livres

« Vivez quelque temps dans ces livres, apprenez-y ce qui vaut, selon vous, d’être appris ; mais surtout, aimez-les. Cet amour vous sera mille et mille fois rendu, et quoi que devienne votre vie, il traversera, j’en suis certain, le tissu de votre être, comme une fibre essentielle, mêlée à celles de vos propres épreuves, de vos déceptions et de vos joies. » (p. 28-29)

- Art et mode de vie

« L’art, lui aussi, n’est qu’un mode de vie. On peut s’y préparer sans le savoir, en vivant de façon ou d’autre. Dans tout ce qui répond à du réel on lui est plus proche que dans ces métiers ne reposant sur rien de la vie, métiers dits artistiques, qui, tout en singeant l’art, le nient et l’offensent. » (p. 110)

- Art et nécessité

« Une œuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité. C’est la nature de son origine qui la juge. » (p. 21)

- Beauté

« Si beaucoup de beauté est ici, c’est que partout il y a beaucoup de beauté. » (p. 56)

- Communion des choses

« S’il n’est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d’être près des choses : elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et dans celui des bêtes, tout est plein d’événements auxquels vous pouvez prendre part. » (p. 65-66)

- Grande solitude intérieure

« Aller en soi-même, et ne rencontrer durant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir. Être seul comme l’enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l’enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s’en affairent et que l’enfant ne comprend rien à ce qu’elles font. » (p. 61)

- Gravité

« Presque tout ce qui est grave est difficile ; et tout est grave. » (p. 44)

- Ignorance des dons

« C’est là une des plus dures épreuves du créateur : il doit rester dans l’ignorance de ses meilleurs dons, ne pas même les pressentir, au risque de les priver de leur ingénuité, de leur virginité. » (p. 36-37)

- Laissez faire la vie

« Confiez-vous toujours davantage à tout ce qui est difficile et à votre solitude. Pour le reste, laissez faire la vie. Croyez-moi, la vie a toujours raison. » (p. 103-104)

- Lieux pauvres

« Pour le créateur, rien n’est pauvre, il n’est pas de lieux pauvres, indifférents. Même si vous étiez dans une prison, dont les murs étoufferaient tous les bruits du monde, ne vous resterait-il pas toujours votre enfance, cette précieuse, cette royale richesse, ce trésor des souvenirs ? » (p. 20)

- Méfiance envers le monde

« Nous ne sommes pas des prisonniers. Nulle trappe, nul piège ne nous menace. Nous n’avons rien à redouter. Nous avons été placés dans la vie comme dans l’élément qui nous convient le mieux. Une adaptation millénaire fait que nous ressemblons au monde, au point que si nous restions calmes, nous nous distinguerions à peine, par un mimétisme heureux, de ce qui nous entoure. Nous n’avons aucune raison de nous méfier du monde, car il ne nous est pas contraire. S’il y est des frayeurs, ce sont les nôtres : s’il y est des abîmes, ce sont nos abîmes ; s’il y est des dangers, nous devons nous efforcer de les aimer. Si nous construisons notre vie sur ce principe qu’il nous faut aller toujours au plus difficile, alors tout ce qui nous paraît encore aujourd’hui étranger nous deviendra familier et fidèle. » (p. 95-96)

- Observation de soi

« Ne vous observez pas trop. Gardez-vous de tirer de ce qui se passe en vous des conclusions hâtives. Laissez-vous faire tout simplement. Sinon vous seriez conduit à vous reprocher (j’entends du point de vue moral) votre propre passé, qui a une part dans tout ce qui vous advient maintenant. » (p. 98-99)

- Ouvrages critiques ou esthétiques

« Lisez le moins possible d’ouvrages critiques ou esthétiques. Ce sont, ou bien des produits de l’esprit de chapelle, pétrifiés, privés de sens dans leur durcissement sans vie, ou bien d’habiles jeux verbaux ; un jour une opinion y fait loi, un autre jour c’est l’opinion contraire. Les œuvres d’art sont d’une infinie solitude ; rien n’est pire que la critique pour les aborder. » (p. 33)

- La patience est tout

« Être artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l’été puisse ne pas venir. L’été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils avaient l’éternité devant eux. » (p. 35)

- Questions

« Être patient en face de tout ce qui n’est pas résolu dans votre cœur. Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les « vivre ». Et il s’agit précisément de tout vivre. Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. » (p. 42-43)

- Simplicité de la nature

« Si vous vous accrochez à la nature, à ce qu’il y a de simple en elle, de petit, à quoi presque personne ne prend garde, qui, tout à coup, devient l’infiniment grand, l’incommensurable, si vous étendez votre amour à tout ce qui est, si très humblement vous cherchez à gagner en serviteur la confiance de ce qui semble misérable, — alors, tout vous deviendra plus facile, vous semblera plus harmonieux et, pour ainsi dire, plus conciliant. » (p. 42)

- Solitude

« Nous sommes solitude. Nous pouvons, il est vrai, nous donner le change et faire comme si cela n’était pas. Mais c’est tout. Comme il est préférable que nous comprenions que nous sommes solitude ; oui : et partir de cette vérité ! » (p. 91)

- Rainer-Maria RILKE, Lettres à un jeune poète ; traduit de l’allemand par Bernard Grasset et Rainer Biemel, suivies de Réflexions sur la Vie créative par Bernard Grasset. Paris : Grasset, 1937, 150 p. (coll. « Les cahiers rouges »)

mardi 20 mai 2014

La pluie

« Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l'avait heurté, suivi d'une ample chute légère comme de grains de sable qu'on eût laissés tomber d'une fenêtre au-dessus, puis la chute s'étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle : c'était la pluie. »
- Marcel PROUST, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, Combray, II, Paris : Gallimard, 1999, p. 88 (coll. «Quarto»)

samedi 10 mai 2014

La biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes (Catherine Potvin)



Liste des autres vidéos publiées par Catherine Potvin, professeure titulaire et chercheuse au département de biologie à l'Université McGill. Elle est également fondatrice du laboratoire néo-tropical de l'Université McGill au Panama.

Lire ses billets sur le blogue d'Équiterre.

Référence:

Steven GUILBEAULT et François TANGUAY, Le prochain virage : propulser le Québec vers un avenir équitable et durable, Montréal : Druide, 2014, p. 48

samedi 26 avril 2014

L'adolescence

« Il n'y a presque pas un des gestes qu'on a faits alors, qu'on ne voudrait plus tard pouvoir abolir. Mais ce qu'on devrait regretter au contraire, c'est de ne plus posséder la spontanéité qui nous les faisait accomplir. Plus tard on voit les choses d'une façon plus pratique, en pleine conformité avec le reste de la société, mais l'adolescence est le seul temps où l'on ait appris quelque chose. »
- Marcel PROUST, À la recherche du temps perdu, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, Paris : Gallimard, 1999, p. 578 (coll. «Quarto»)

samedi 19 avril 2014

Villes en transition

« Peu de gens acceptent d'envisager lucidement ce qui risque de se passer dans les prochaines années quand la bulle financière éclatera, quand le coût du baril de pétrole dépassera les 150 $, quand les nappes phréatiques seront taries, quand la sécheresse détruira les récoltes ou qu'ailleurs la pluie les noiera. C'est exactement dans ce sens que travaillent les Villes en transition, ces regroupements citoyens qui se répandent rapidement dans le monde pour rendre leur communauté résiliente. »
- Serge MONGEAU, S'indigner, oui, mais agir, Éditions Écosociété, 2014, p. 21

Voir le Manuel de transition de Rob Hopkins, publié en français aux Éditions Écosociété en 2010.

dimanche 13 avril 2014

Bibliothèque des Amériques

Bibliothèque numérique de la francophonie des Amériques.

Nouvelle bibliothèque numérique offrant des livres et ouvrages liés à la francophonie. Inscrivez-vous gratuitement.

dimanche 6 avril 2014

Danses polovtsiennes du Prince Igor (Borodin)



Metropolitan Opera (2014) avec Dimitri Tcherniakov (mise en scène), Gianandrea Noseda (direction) et Ildar Abdrazakov (basse).

dimanche 30 mars 2014

Sonate de Vinteuil



Au sujet de la petite phrase de la sonate de Vinteuil qui reparaît à la fin du dernier mouvement, après tout un long morceau :

« D'abord le piano solitaire se plaignit, comme un oiseau abandonné de sa compagne; le violon l'entendit, lui répondit comme d'un arbre voisin. C'était comme au commencement du monde, comme s'il n'y avait encore eu qu'eux deux sur la terre, ou plutôt dans ce monde fermé à tout le reste, construit par la logique d'un créateur et où ils ne seraient jamais que tous les deux: cette sonate. Est-ce un oiseau, est-ce l'âme incomplète encore de la petite phrase, est-ce une fée, cet être invisible et gémissant dont le piano ensuite redisait tendrement la plainte ? Ses cris étaient si soudains que le violoniste devait se précipiter sur son archet pour les recueillir. Merveilleux oiseau ! le violoniste semblait vouloir le charmer, l'apprivoiser, le capter. Déjà il avait passé dans son âme, déjà la petite phrase évoquée agitait comme celui d'un médium le corps vraiment possédé du violoniste. (...)

Elle reparut, mais cette fois pour se suspendre dans l'air et se jouer un instant seulement, comme immobile, et pour expirer après. Aussi Swann ne perdait-il rien du temps si court où elle se prorogeait. Elle était encore là comme une bulle irisée qui se soutient. Tel un arc-en-ciel, dont l'éclat faiblit, s'abaisse, puis se révèle et avant de s'éteindre, s'exalte un moment comme il n'avait pas encore fait : aux deux couleurs qu'elle avait jusque-là laissé paraître, elle ajouta d'autres cordes diaprées, toutes celles du prisme, et les fit chanter. »

- Marcel PROUST, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, Un amour de Swann, Paris : Gallimard, 1999, p. 282-283 (coll. «Quarto»)

vendredi 21 mars 2014

Changements climatiques et signes vitaux de la planète

Site de la NASA sur les changements climatiques et les signes vitaux de la planète. Ce site contient de nombreuses données sur le réchauffement climatique et ses incidences sur les composantes de l'écosphère : l'atmosphère, les océans, les glaces et la surface terrestre.

lundi 17 mars 2014

Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps (Jonas Kaufmann)

Air célèbre de l'opéra Werther de Jules Massenet (Acte III, souvenir des poèmes d'Ossian) qui met magnifiquement en valeur la puissante voix de Jonas Kaufmann, lequel interprète avec brio ce personnage du jeune poète passionné et ténébreux.
Metropolitan Opera (2014) avec Richard Eyre (mise en scène), Alain Altinoglu (direction) et Sophie Koch (Charlotte).

mercredi 12 mars 2014

L'édifice immense du souvenir

« Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. »
- Marcel PROUST, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, Combray, I, Paris : Gallimard, 1999, p. 46 (coll. «Quarto»)

dimanche 9 mars 2014

Notre passé

« C'est peine perdue que nous cherchions à l'évoquer, tous les efforts de notre intelligence sont inutiles. Il est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas. »
- Marcel PROUST, À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, Combray, I, Paris : Gallimard, 1999, p. 44 (coll. «Quarto»)

vendredi 7 mars 2014

Les Chevaliers de l'Ordre de la Terre Plate

Répliques du climatologue Édouard Bard aux climato-sceptiques Claude Allègre et Vincent Courtillot :

Les Chevaliers de l’Ordre de la Terre Plate, Part I: Allègre and Courtillot;

Les Chevaliers de l’Ordre de la Terre Plate, Part II: Courtillot’s Geomagnetic Excursion

- Source: Daniel TANURO, L'impossible capitalisme vert, Paris : La découverte, 2012, p. 159, note 1

mardi 4 mars 2014

Reconnaître sans juger

« Les sensations, les sentiments, que ce soit de compassion ou de colère, doivent être accueillis, reconnus et traités d’une façon absolument égale ; car tous deux sont nous-mêmes. (…) Nous devrions traiter notre anxiété, notre douleur, notre haine et notre passion avec douceur et respect, ne pas leur résister, mais vivre en leur compagnie, faire la paix avec elles et pénétrer leur nature par la méditation sur l’interdépendance. »
– Thich NHAT HANH, Le miracle de la pleine conscience : manuel pratique de méditation, Paris : J'ai lu, 2008, c1994, p. 64-65

dimanche 23 février 2014

Les biens superflus rendent la vie superflue

« Les hommes qui peuplaient l'univers paysan ne vivaient pas un âge d'or. Ils vivaient ce que Chilanti a appelé l'âge du pain, c'est-à-dire qu'ils étaient des consommateurs de biens de toute première nécessité. C'est sans doute cela qui rendait leur vie pauvre et précaire extrêmement nécessaire, tandis qu'il est clair que les biens superflus rendent la vie superflue. »
- Pier Paolo PASOLINI, citation puisée dans le livre d'Hervé René Martin, Éloge de la simplicité volontaire, Flammarion, 2007, p. 20

mardi 18 février 2014

Livres numériques en ligne

Sites offrant des livres numériques gratuits :

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dimanche 16 février 2014

Regarder par-dessus ses épaules

« Après tout, le futur ne revêt presque aucune signification et n’est pratiquement d’aucune importance, puisque, tôt ou tard, il doit se transformer en présent. Aussi faire des projets pour un avenir qui ne doit jamais devenir présent est à peine plus absurde que de faire des projets pour un futur, lequel, devenant présent, me trouvera "absent", et en train de regarder obstinément par-dessus ses épaules au lieu de le regarder bien en face. »
– Alan WATTS, Bienheureuse insécurité : une réponse à l’angoisse de notre temps, Paris : Stock, 1981, p. 39

jeudi 13 février 2014

Chant à la lune (Rusalka de Dvořák)

Opéra « Rusalka » d'Antonin Dvořák. Acte I : Chant à la lune. Rusalka prie la lune de dire au prince qu'elle l'aime. Chant magnifiquement interprété par la soprano Renée Fleming.

mercredi 5 février 2014

Loi de l’effort inversé

« Si l’on essaie de flotter à la surface de l’eau, on coule, mais si l’on essaie de couler, on flotte. Si l’on essaie de retenir son souffle, on le perd - et ceci me rappelle un vieux dicton oublié : « Quiconque voudra sauver son âme, la perdra. » »
– Alan WATTS, Bienheureuse insécurité : une réponse à l’angoisse de notre temps, Paris : Stock, 1981, p. 7

lundi 3 février 2014

Je ne suis pas plus con qu’un autre (Henry Miller)

« En général, j’aime ceux qui sont un peu, ou largement, fou. L’imbécile, non ! L’idiot, oui ! Il y a une grande distinction entre les deux. D’être fou, c’est d’être poète. Ce sont des imbéciles qui gouvernent le monde. Vaut mieux avoir des simples à la législature que les gens d’aujourd’hui, des rats quoi ! »

« Imaginez un monde gouverné par un trio comme Chaplin, Satchmo et Picasso. Même dans l’autre monde ils peuvent faire mieux pour nous que les hommes en contrôle à présent ! »

« Nous ne sommes pas encore foutus, seulement presque. Il viendra pire que Hitler, Nixon et leur genre. On attend la venue des montres, comme au temps des Romains - fous, idiots, mégalomaniaques, etc. ... Curieusement, même le sens de la cruauté est détérioré. Théâtre de la cruauté ? Pas encore, mes gars ! Je n’ai jamais eu affaire avec la politique. A mon avis c’est impossible de ne pas être corrompu dans ce jeu. Ils sont tous des tricheurs. Le même va pour les religions. Elles sont toutes abrutissantes. Jésus, Buddha, Mohamed, ils n’ont rien changé. Le mal et le bon coexistent. C’était l’idée de Zoroaster, mais personne ne l’accepte comme vérité. »

« La seule chose qui nous manque sont des anges. Dans ce vaste monde il n’y a pas de place pour eux. D’ailleurs, est-ce que nous avons des yeux pour les reconnaître ? Peut-être que nous sommes entourés par les anges sans le savoir. Une chose est certaine - nous reconnaissons les diables entre nous. Et y en a légion ! Le fait, cruel qu’il soit, est qu’ils sont plus intéressant parfois que les vertueux et les hypocrites. Je parle des diables ordinaires, pas d’un Gilles de Rais ou d’un Hitler. »

« Comment ne pas faire des phrases extravagantes sur Nietzsche, Rimbaud, Whitman et d’autres ? Et de penser que j’ai lu tous ces gars ! A quoi bon, je me demande - cinquante ans après. Suis-je enrichi ? Ces gens-là, ces grands, ces géants, m’ont presque annihilé avant même que j’ai commencé ma carrière d’écrivain. Je parle de certains grands auteurs comme Dostoievsky, Proust, Joyce, Elie Faure, Spengler... Je n’ai pas pu trouver ma propre voix. J’ai vécu (au moins dans ma tête) la vie des caractères de Hamsun en particulier, et de Thomas Mann et Dostoievsky. Aujourd’hui, quand je pense à ce Russe sublime, il me parait comme une lune qui appartient à la grande planète bénéfique, Jupiter. Quant à Victor Hugo, je le vois comme un soleil, ou à un homme colossal, avec des appétits colossaux, et ses espoirs pour l’humanité aussi colossaux, fantastiques et incroyables, non, impensables ! »

« Et Rimbaud alors ! Un « nova » ! L’inventeur d’un nouvel langage : la poésie. Comme s’il n’y avait pas de poètes avant lui. Personne, même les marchands de la rue, peut éviter son influence. Il fut d’une autre race, de l’espace, un demi-dieux placé sur la terre de nous instruire. »

« Celui qui ne connait pas Nietzsche a vécu en vain. Notre sacré iconoclast, étant un Christ déguisé, est devenu un provocateur de premier ordre. Il domine, avec Dostoievsky, le siècle entier. »

« Il y avait encore un homme dont je n’ai pas parlé - l’homme plus grand, à mon avis, que tous les autres en Europe et même en Asie. Je parle de l’Américain, Walt Whitman. Supérieur à mon avis à Goethe, le Européen, le premier ! Supérieur aux saints et gourus de l’Inde. Et c’est par un seul livre (de la poésie) qu’il se fait reconnu au monde entier ! (Leaves of Grass). C’est lui qui nous a conseillé d’écrire des nouveaux Bibles, nos propres Bibles, pour ainsi dire. »

« Aujourd’hui nous entendons beaucoup des swamis et des gourus. Les jeunes gens (surtout les Américains) ne pensent à deux fois avant d’aller aux Himalayas... Ils cherchent deux choses - les drogues et les gourus. Ils voyagent sans argent. Ils sont les désespérés, les Rimbaud sans son génie. »

« Parfois il me semble que pire le monde devient mieux pour les artistes - peintres, poètes, créatures. Ce ne fut toujours comme ça, mais sous les démocraties tout se perd. Rien de grand, de noble, de spirituel. »

« Quel plaisir de s’asseoir et boire un coup quelque part. Souvent, en traversant la ville en autobus, je sortais tout d’un coup parce que l’endroit n’était pas familier. J’avais une telle soif de connaître tous les quartiers ! En déambulant j’étais comme un homme ivre. Tout me donnait l’enthousiasme, l’appétit insatiable. »

« Je voudrais ajouter, sans vanité, que Frank Harris a vu q.q. chose en moi que les éditeurs et même mes amis ne voyaient pas. Je veux dire - un écrivain. A cette époque, quand je n’avais rien écrit, mais que j’ai prétendu avoir écrit plusieurs livres, il était vraiment important d’être reconnu. Je n’oublierai jamais les années de faim, d’humiliation, le refus partout. ... Je sais bien ce que cela veut dire — « d’être un quelconque ». Même aujourd’hui c’est difficile pour moi de croire que tout le monde connait mon nom, même pour les mauvaises raisons. Je n’avais pas le courage romantique des clochards de Paris. Moi, j’étais devenu un ver, une punaise. Alors, punaise, conard, traitre, faillite, comment est-ce que j’ai survécu ? Je peux vous donner deux réponses. Une est astrologique - mon Jupiter bien placé. L’autre est que sans doute j’ai un ange gardien qui me protège. Et qui peut être mon ange gardien ? A l’avis d’un médium à Londres, il était un frère mort-né... Naturellement je n’avais rien entendu de mes parents d’un tel frère. Mais je ne m’en plains pas. Frère ou mythe il m’a sauvé la vie maintes fois. Mais avant de me rescaper il me laisse tombé jusqu’au fond. Peut-être il savait, mieux que moi, que ce drame était bon pour mon caractère. C’est cela « that makes a man of you », comme on dit en anglais. »

« A New York même, dans les premières années de 1900, l’âme occupait un endroit (une place) dans la mentalité de l’homme. Bien sur, il n’y avait pas de gourous ou de Mahatmas, mais il y avait des Théosophistes et leur genre.... J’ai gouté à toutes les sources. Je savais que mon exhalaison était d’un tel couleur, que j’étais « une vieille âme », et tout cela.... Avec ou sans âme je me sentais un raté, un bon pour rien. Non que je croyais que d’être écrivain fait de quelqu’un un quelqu’un. Il me semble que même à cette jeune age, j’apercevais que le monde de la culture était la fausse route. La première guerre mondiale confirmait tous mes soupçons. »

« Et ce que je n’oublie jamais est ceci - que des millions de gens civilisées seulement trois ou quatre grands hommes ont refusé de supporter le massacre... Il y avait Rolland, Barbusse et Herman Hesse - Trois hommes seulement. Pendant la deuxième guerre mondiale Jean Giono nous a donné son livre « Refus d’obéissance »... Les livres ne comptent pour rien. Nous avons besoin des hommes d’action. »

« Parfois c’est difficile de croire que mon maître (dans le sens sublime) était Ramakrishna. Je l’échangé plus tard pour son disciple Swami Vivekananda. Quand je parle des gens comme cela parfois les gens (qui pensent connaître l’auteur des « Tropiques ») me regardent bouche-bée. Je dis souvent « Ne dites rien à personne ! Bouche close ! » Je prétends d’avoir honte de m’associer avec les gens de l’ordre spirituel. C’est curieux, parce que dans ma vie j’ai fait la connaissance de trois ou quatre Swamis. Tous m’avaient accepté immédiatement. »

« Un bruit qui me donne les frissons c’est les sanglots dans le silence de la nuit. Il m’est arrivé plusieurs fois à Paris et jamais à New York ou Los Angeles, d’entendre des sanglots en passant sous une fenêtre mi-ouverte. .... Mais d’entendre des sanglots au milieu de la nuit est terrifiant. C’est toujours dans les quartiers pauvres qu’on les entends. Ils sont fait pour des écrivains, des poètes, des musiciens, il me semble. Les gens ordinaires ne les apprécient pas, ou pas suffisament. »

« Parfois je ne comprends pas moi-même ce que je viens d’écrire. Mais je sais que j’ai fait du beau et du bien. Qu’importe si mes mots ou mes phrases sont inintelligibles ! Ils sont lisibles, et ca suffit. »

« C’est souvent le cas chez nous. Le grand poète Roushkine je ne crois pas qu’il a été traduit en anglais, ni Pindar, ni Hölderlin, ni tant d’autres grands ! Nous sommes assez contents avec du vin ordinaire... »

– Henry MILLER, Je ne suis pas plus con qu’un autre, Montréal : Stanké, 1980, coll. « Les manuscrits autographes »

Avertissement au lecteur:

Ce livre a été écrit en français par Henry Miller et publié sous forme de manuscrit. Sans doute s’agit-il du seul livre que Miller ait écrit dans cette langue. Il contient toutefois des fautes de français. L’auteur nous prévient à ce sujet au commencement du livre : « Je me suis décidé d’écrire un petit bouquin en français. J’étais encouragé de le faire par Mlle Sylvie Crossman qui est en train d’écrire une thèse sur moi et mon œuvre. Elle est parti il y a quelques heures seulement. Nous étions d’accord que je devrais laisser mes fautes de grammaire, mes erreurs, ma mauvaise ponctuation - et mon bad spelling. »

lundi 27 janvier 2014

Aimer

Il est vrai qu’aimer, c’est dire : « Toi, tu ne mourras point, tant que je vivrai ».
Chartrand Saint-Louis

samedi 18 janvier 2014

Outils de base pour traiter des malaises

1. La respiration thérapeutique

. bouger le diaphragme et assurer une bonne oxygénation de l'organisme;
. inspirer la paix - le bien-être, l'amour, la joie de vivre - en gonflant l'abdomen;
. expirer lentement la peine - l'inquiétude, la colère, la culpabilité, la douleur, la détresse - en rentrant l'abdomen.

2. La marche thérapeutique

. retrouver la marche naturelle;
. fixer son regard sur l'horizon et non par terre;
. associer le mouvement bilatéral au mouvement naturel de la marche.

3. Le papillon

. bras croisés en tapant doucement en alternance sur les bras ou les épaules.

4. Le tapping

. légères stimulations bilatérales avec les mains.

5. Les pensées

. expirer les pensées négatives et culpabilisantes;
. inspirer des intentions vivifiantes.

6. Le plaisir des sens

. massage thérapeutique;
. promenade en forêt ou au bord de l'eau;
. écoute de musique agréable et apaisante;
. consommation d'aliments reconstituants et réconfortants.

7. La consultation au besoin

. se rappeler que l'être humain, comme tout être vivant, a la capacité de s'autoguérir;
. une consultation avec un intervenant connaisseur peut aider à orienter son travail d'autothérapie.

- ROSS, Marie-Paul, Traverser l'épreuve : comment activer notre potentiel de vie, Fides, 2010, p. 140-141.

dimanche 12 janvier 2014

La séduction

« Celui dont les lèvres se taisent bavarde avec le bout des doigts. »
Sigmund Freud

La séduction repose sur des codes inconscients. On est séduisant malgré soi. Pas de technique, pas de manipulation, que de la spontanéité et de l’attention aux autres.

Un être séduisant n’est pas un séducteur. Il avance sans arrière-pensée. Il désire tisser des liens francs et étroits.

Le processus de séduction peut se résumer en quelques points :

État d’esprit positif ;
Être le plus vrai possible. Restez soi-même ;
Être vivant ! Gestuelle riche ;
Être à l’écoute, attentif à l’autre. Pas d’autre volonté que celle de nourrir l’échange ;
Restez simple : effet d’humanité. C’est notre humanité qui nous rend séduisants ;
Se laisser aller ;
Séduire quelqu’un, c’est le « toucher ». Le toucher renforce la proximité, à une condition : sa brièveté (de manière à passer inaperçu). Trop appuyé, un toucher peut engendrer l’effet inverse ;
La sérénité, la voix posée, les gestes lents. Un trop grand empressement déclenche des réactions de fermeture ;
Être soi-même charmé. Sans interaction, il n’y a pas d’échange possible.

Certains signes non verbaux sont des indicateurs d’ouverture :

Haut du corps en mouvement, se rapprochant de l’autre ;
Inclinaison de la tête (exprimant la capacité à se laisser aller) ;
Visibilité de la partie gauche du visage (mue par l’hémisphère droit du cerveau, l’hémisphère des émotions) créant un climat de douceur ;
Intensité du regard, sa luminosité : vecteurs de rapprochement ;
Symétrie du visage : on ne triche pas avec l’affection, lorsqu’on le ressent, aucun contrôle ne s’exerce sur le muscle frontal, le visage paraît harmonieux ;
Paumes ouvertes traduisant l’ouverture à l’autre ;
Corps détendu, décoincé ; d’ailleurs, quand les émotions nous étreignent, nous ressentons des démangeaisons brèves. Ces micro-démangeaisons témoignent que notre besoin émotionnel de s’ouvrir n’est pas accepté ;
Épaules, bras, poignets et mains s’orientant vers l’autre. En ouvrant ses poignets, le haut du corps s’ouvre et s’avance vers l’autre ;
Position des jambes en direction de l’interlocuteur.

Comment savoir si une personne mime ou non la sincérité ?

La synergologie enseigne que, lorsqu’une personne n’est pas sincère, elle a tendance à incliner systématiquement la tête du côté opposé à celui de son interlocuteur. Et puis, cette personne n’écoute pas. Même si elle vous regarde dans les yeux, vous percevez qu’elle est absente. Signe non verbal : une personne qui n’écoute pas cesse de cligner des paupières. Ça ne trompe pas.

Le potentiel de séduction dépend donc de la qualité de notre attention et de notre capacité d’empathie. Être séduisant implique de s’intéresser à l’autre. Pour être attentif aux messages non verbaux d’ouverture que nous transmet l’autre, il importe de développer sa capacité d’observation. Il suffit de prendre le temps d’observer ce qui se passe en soi et autour de soi, d’être attentif et présent.

– Bref résumé du livre de Philippe TURCHET, Les codes inconscients de la séduction : Comprendre son interlocuteur grâce à la synergologie, Montréal : Les Éditions de l’Homme, 2004

dimanche 5 janvier 2014

Anecdote racontée par Jung

« Au début de ses nombreux séminaires, Jung avait l'habitude de raconter la même anecdote. Ses auditeurs la connaissaient. Cependant, à chaque fois, le récit modifiait l'atmosphère; il ouvrait les consciences à un autre niveau.

Wilhelm, sinologue, auteur de la traduction du Yi King et ami de Jung, habitait en Chine. Dans sa contrée, la sécheresse fut terrible. Les habitants convoquèrent un faiseur de pluie. Vieux, desséché, il huma l'air et grimaça en descendant de la charrette qui l'avait transporté. Puis il demanda à être seul. Personne ne pouvait l'aborder; ses repas étaient déposés devant sa porte. Trois jours après, non seulement la pluie tomba en abondance mais elle fut accompagnée de neige. Interloqué, Wilhelm interrogea le faiseur de pluie. La réponse fut celle-ci: « ... Je viens d'un endroit où les gens sont en ordre; ils sont en tao; alors le temps aussi est en ordre. Mais en arrivant ici, j'ai vu que les gens n'étaient pas en ordre et ils m'ont aussi contaminé. Je suis donc resté seul jusqu'à ce que je sois à nouveau en tao, et alors, naturellement, il a neigé. »

Ce texte s'offre à la méditation. Il démontre la fragilité humaine et il insiste sur les conséquences exercées sur la nature par des comportements erronés. »

– Texte cité et commenté par Marie-Madeleine Davy dans Tout est noces, Albin Michel, 1993, p. 20-21